Chateau de la Murette

Dauphiné.

LaMurette2Huit cent cinquante mètres avant le bourg, à l’écart de la route, au lieudit  » Le Paysan  » se dresse une maison forte dont les origines se perdent dans le passé. Un pouillé de 1375 mentionne pour la première fois  » Prieuré et paroisse de Saint Martin de Mureta  » archiprêtre de Valdaine au diocèse de Vienne.

La tradition orale recueillie dans le village et provenant de l’Abbé Bourgeat, curé de La Murette de 1905 à 1930 et féru d’histoire locale dit que la demeure existait déjà du temps de Jeanne d’Arc (1412-1431).

Monsieur Fauchon tenait du Commandant Gillet de La Murette que cette maison forte existait déjà en 1350, ayant été vendue à cette date par un seigneur noble de Miribel.

On ne trouve pas dans cette maison de vestiges d’architecture militaire (mâchicoulis, archères, créneaux). Par contre l’épaisseur des murs (2.10 m), l’escalier à vis (on ne construit plus d’escaliers à vis après 1610 mais des escaliers droits), les cheminées monumentales à hotte conique (comparables à celles de Chinon, XIVème siècle), les linteaux en accolade, les fenêtres étroites à embrasure biaisée munies de banquettes de pierre, les ouvertures avares à barreaux témoignent de ses origines moyenâgeuses, puis de remaniements à la Renaissance et au XVIIème siècle.

Sur le pourquoi de la construction, on ne peut faire que des hypothèses. L’origine pourrait être un prieuré. La nécessité d’une maison forte peut cependant se justifier :

– La Murette est pratiquement sur la frontière delphino-savoyarde et a certainement été un poste d’avant-garde des Clermont-Tonnerre.
– D’autre part, c’était un important carrefour des routes Lyon-Grenoble et Valence-Bourg qui, évitant les fonds de vallées marécageuses, passaient par les crêtes.
– Une succession de maisons fortes les protégeait. On peut encore en voir les restes : Tour de Clermont, Montclar, Voiron, Tolvon et donc La Murette.
Les seigneurs de Clermont guerroyaient pour défendre leur fief.Le prieuré de Chirens dépendit longtemps de la puissante abbaye de Novalaise. Une abbaye, Saint Pierre de Novalaise avait été fondée en 720 par Abon, héritier d’une riche famille patricienne gallo-romaine dans la région de Suze en Piémont.

Par succession, Abon légua à Saint Pierre de Novalaise un vaste héritage comprenant des domaines en Italie du Nord et en région Rhône-Alpes. Peut-être le prieuré de La Murette fut-il fondé sur un de ces domaines ?

Au Xème siècle, l’abbaye de Novalaise avait disparu et son patrimoine avait été partagé entre plusieurs monastères dont celui d’Aulx, dans la vallée du Mont Genèvre, qui coiffait le prieuré de La Murette.

Plus tard, les prieurés, cessant d’être des maisons religieuses deviennent de simples paroisses et à La Murette le curé restera en relation avec le prieuré d’Aulx.

En 1653, le prévôt, Flotard-Moret de la collégiale Saint André à Grenoble, Vicaire général du prieur d’Aulx pour plusieurs diocèses, est considéré comme prieur de La Murette.

Les bâtiments du prieuré se trouvaient sur la place, devant l’église actuelle. Le prieur de La Murette était Aymar de Gumin en 1475 puis Jean de Gumin en 1540. Un parent de ces prieurs, Pierre de Gumin, apparaît en 1579 comme Seigneur de La Murette et premier propriétaire de la maison forte.

Son frère était alors installé au château de Hautefort près de Saint Nicolas de Macherin. Tous deux étaient fils de Sébastien, lui-même fils bâtard de Humbert de Gumin qui le légitima en 1539.

La maison reste dans la famille jusqu’en 1615, elle fut alors vendue à Pierre de Fillon, conseiller au Parlement de Grenoble.

Les Fillon furent seigneurs de La Murette, Aiguebelle, Luinsonnas, Sillans et Torchefelon.

Pierre et son frère Benoît étaient fils de Claude, lequel était descendant d’Etienne de Fillon, savant helléniste et jurisconsulte vivant en Dauphiné vers 1455.

Pierre de Fillon est marié à Grujette Bonne de la Porte, dame de Sillans, fille de Claude et Jeanne de Theys. Elle apporte à son mari les terres de Sillans et de Torchefelon. Ils eurent deux filles religieuses bernardines à La Côte Saint André.
Pierre de Fillon qui était propriétaire de la maison forte depuis 1615 la laisse à sa mort à son épouse. Cette dernière la lèguera par testament en date du 16 février 1643 à ses filles ainsi que ses dépendances, bois, terres, prés, à condition qu’elles fondent avec le produit de la vente un couvent de leur ordre dans le lieu de leur choix.

Grujette Bonne de la Porte ne mourut que plus tard sachant que la vente n’eut lieu qu’en 1661, alors qu’une soeur religieuse était déjà décédée. C’est Antoinette de Fillon, seule légataire qui procéda à la vente sous autorité et licence du Seigneur et Abbé de Citeaux.

On a retrouvé à Grenoble, à la bibliothèque municipale, dans l’inventaire des titres de l’évêché, les traces d’une requête présentée à l’évêque de Grenoble par la religieuse Antoinette de Fillon, afin d’obtenir la permission d’établir un monastère à Voiron, ancienne maison des Bernardines, actuel établissement de Notre Dame des Victoires.

Une lettre patente de Louis XIV du 3 janvier 1671 porte confirmation de l’établissement de ce monastère des Bernardines, lettre enregistrée à la chambre des comptes le 14 janvier 1699. Les religieuses de Saint Bernard étaient déjà établies à Voiron depuis 22 ans avec la permission de l’évêque de Grenoble et le consentement du Seigneur et des habitants de Voiron datant du 28 juin et du 13 août 1648.

L’acheteur de la maison en 1661 était noble François de VACHON qui était déjà Seigneur de l’Hostel de La Murette et Conseiller au Parlement de Grenoble. La famille de Vachon fut une des plus considérables du Parlement de Grenoble, connue dès 1300 et qui possédait de nombreuses Seigneureries dont celle de La Murette établie dans le bourg.

La famille de Vachon restera propriétaire de la maison de 1661 jusqu’à la révolution. Louis François ayant émigré, la maison sera vendue comme bien national en 1794. C’est durant cette période que la famille de Vachon embellit la maison, ouvrant des fenêtres plus larges, habillant les pièces de boiseries avec moulures style Louis XIV, installant des cheminées dans la chambre dite du Seigneur et le salon de compagnie.

A la suite de François, c’est son fils Gaspard Vachon qui hérita. Avec sa femme Françoise Eyraud, il aurait eu six enfants. A sa mort, c’est Françoise, sa femme, qui reçut la maison, mais elle mourut en 1706. Par testament, elle légua la propriété à son fils aîné François, selon la règle féodale.

Ce dernier, mort prématurément aurait à son tour laissé la maison à son frère Louis, Chanoine, chargé alors d’élever ses enfants. On ne sait si ces enfants Louis François et Robert étaient majeurs (majorité à 25 ans à cette époque) et si Louis a assuré la régence. Mais on retrouve le fils Louis François propriétaire du château de La Murette en 1741, date de son premier mariage.
Le terme de  » château  » apparaît pour la première fois dans le testament de Françoise Eyraud en 1705. Son fils aîné François avait reçu le titre d’écuyer, Seigneur de La Murette, titre que son père n’avait pas.

Louis François hérite donc du titre de Chevalier, premier échelon dans la démarche nobiliaire. Un document rédigé à l’occasion d’un procès rapporte que le haut et puissant Seigneur Louis François de Vachon (Chevalier Seigneur de La Murette, Réaumont et autres lieux).. avait fait élection de domicile en son château de La Murette.. l’an 1772, le 26 du mois de septembre.

C’est une indication précieuse permettant de dater la sculpture du blason au dessus de la porte d’entrée de la tour. Ce blason, surmonté d’un casque de chevalier, n’a pu être mis en place que par Louis François, le dernier des Seigneurs de Vachon, dans la première moitié du XVIIIème siècle.

LM1Ce blason posé sur lit de lambrequin est surmonté d’un heaume indiquant le rang nobiliaire. Il représente, à dextre une vache passante, à senestre une colombe tenant un rameau d’olivier avec au-dessus les trois roses de Grenoble.

On pense que Louis François a réuni dans ce blason les armes de la famille maternelle, la colombe d’argent, à celles de la famille paternelle, la vache passante d’or.

Ce blason n’a pas été martelé pendant la révolution, c’est le seul avec celui du Vivier, famille alliée aux Vachon, qui soit resté intact dans le pays voironnais. Sans doute les deux familles jouissaient-elles de l’estime populaire.

La famille Vachon avait pour devise :

 » In Melius et solerti simplicitate  »
 » Toujours mieux et avec fine droiture  »
Le choix de cette devise marque bien l’esprit de cette famille, éprise de perfection et d’élévation en recherche d’idéal.

Sur le château lui-même, les testaments confirment l’existence d’une chapelle où François et sa mère demandent qu’on dise des messes  » perpétuellement pour le repos de leur âme « .

Les Vachon demeuraient à Grenoble où les retenait leur charge de Conseiller. La Murette devait être une résidence secondaire, en été sans doute. Par contre Louis François a dû habiter le château en permanence.

Il a fondé au village de La Murette une école gratuite de filles (on retrouve son nom au tableau des bienfaiteurs) en 1738. Sur le terrain de la donation, autour de l’école, furent édifiés plus tard les bâtiments communaux actuels.

Louis François, en premières noces, a épousé Marie Paule de la Rivoire de la Tourette, fille de Just Antoine de la Rivoire, marquis de la Tourette-Chalençon et de Marie Violente de Portales de la Chèze en 1741 sous le règne de Louis XV. C’est peut-être dans ces années que les jeunes mariés ont fait mettre en place dans leur chambre la gracieuse cheminée en bois sculpté style Louis XVIII.

En 1750, Louis François devient Seigneur engagiste du mandement de Réaumont, ayant acquis des terres en ce lieu.

En 1777, veuf depuis 7 ans, il épousa en secondes noces Gilberte Marie Violente de Rostaing de Vachette, nièce de sa première femme. Louis XVI est alors sur le trône depuis 3 ans.

Pour ce mariage, il a fait don à l’église de La Murette d’une cloche en airain de 83 cm de diamètre, donnant le SI et qui est toujours dans le clocher actuellement. Son nom et celui de son épouse figurent en haut de la cloche, étant parrain et marraine. Au bas de la jupe figurent en relief : un Christ en croix, un blason et une inscription indéchiffrables, une vierge à l’enfant et trois fleurs de lys.

De cette époque, on a retrouvé quelques reçus pour redevances perçues par le Seigneur qui permettent de suivre les changements survenus dans la famille.

Au début du XVIIIème, les reçus sont signés Allibert, Châtelain à Réaumont. A partir de 1755 apparaît la signature de Louis François de la Tourette Vachon pour les terres qu’il avait achetées en 1750. De 1770 à 1774, c’est le notaire Jourdanet qui signe. Durant son veuvage, les documents sont seulement signés Vachon et à partir de 1777 apparaît Rostaing de Vachon, le nom de sa deuxième épouse.

Il est émouvant, avec ses papiers, de pouvoir suivre la vie de ce personnage. De la période de son second mariage doit dater la cheminée de marbre style Louis XVI qui ornait le salon de compagnie malheureusement brisée, déposée et mise en réserve.
De ce deuxième mariage naquirent deux filles. L’une morte célibataire est restée célèbre à Grenoble pour sa grande charité. L’autre fille fut mariée à Roger de Voissant à Aix en Provence, puis veuve, elle mourut en 1870. Elle avait une fille qui épouse Pierre de Barrigue Montvallon.

En 1789 la tourmente de la révolution vint bouleverser la famille. Louis François émigra. Ses biens furent confisqués et vendus comme biens nationaux. Sur un acte de propriété ultérieur, il est mentionné que le château avait été vendu par adjudication au citoyen BARNIER.

Monsieur de Vachon avait dû fuir depuis 1793 car un inventaire de ses biens avait été ordonné par arrêté du Conseil de District de Grenoble et commencé le 27 thermidor de l’an II, c’est à dire en juillet-août 1793. La Convention avait proclamé la République le 22 septembre 1792 et le roi a été décapité le 21 janvier 1793.

François de Vachon avait rédigé le 26 août 1707 un testament auquel était joint celui de sa mère Françoise Eymard.

A ce testament étaient réunies plusieurs liasses de papiers concernant les immeubles et parcelles de la propriété, plusieurs cahiers, certains relatifs à des procès dressés devant le bailly ou devant un juge de Monestier de Clermont, des quittances et d’autres pièces relatives à des conventions.

Un inventaire de tous ces documents a été commencé le 27 thermidor de l’an II de la République Française. Cet inventaire a duré plusieurs jours car en plus du testament, il a fallu examiner tous les documents précités, livres de raison, parchemins concernant les propriétés. Le tout, appartenant à l’émigré Louis François, a été trié et inscrit à l’inventaire devant notaire et en présence des commissaires de la ville, les citoyens Ducreux, Laville et Pupin, commissaires nommés par le Conseil de district de Grenoble.

Les documents ayant servi à l’inventaire ont été reçus à la maison commune, en dépôt, par le citoyen Pupin le 2 brumaire de l’an III de la République.

On pense que le testament de François de Vachon a été rédigé vers 1717, mais il a du mourir en 1725, une procédure de description de l’hoirie (l’héritage) de Vachon a été faite le 11 septembre de cette année, nécessitée par la succession.

Cette période de l’inventaire correspond à la Terreur, – 31 mai 1793 / 27 juillet 1794 -. Le roi a été exécuté en janvier, la loi des suspects promulguée, c’est sans doute à ce moment que la famille Vachon émigra.

L’inventaire des biens fut suivi de la mise en adjudication de la propriété comme bien national. La maison et le terrain attenant étaient désignés sous la mention  » Enclos du Château « , désignation conservée dans le cadastre actuel.

L’adjudication eut lieu le 26 floréal an III (mai 1794) sous le n° 317 de l’affiche concernant le premier lot du domaine et le n° 260 de la recette contre l’émigré Vachon.

Ce lot vendu par l’administration du district des  » thermopyles  » ci-devant Saint Marcellin, au citoyen François Barnier, cultivateur habitant La Murette, pour la somme totale de 141 000 livres.

Rappelons que sous l’ancien régime, il existait deux livres :

– la livre Tournois frappée à Tours jusqu’au XIIIème puis ailleurs ensuite ;
– la livre Parisis, frappée à Paris.Vers 1665, la livre Tournoi valait 20 sous et le sous : 12 deniers, la livre Parisis valait ¼ de plus soit 25 sous.
En 1667, la livre Parisis fut supprimée par ordonnance, la livre Tournois restera en usage jusqu’à la création du système monétaire dit  » germinal  » (loi du 12 germinal an III) 1794.
D’après un bulletin INSEE de la BNP en 1971, on pouvait estimer que 141 000 livres versées par F. Barnier équivalaient alors approximativement à 85 000 francs nouveaux.

Un peu plus tard, le 12 brumaire an III, dans l’après-midi, à La Murette, le citoyen Barnier par devant notaire de Voiron a élu, subrogé mis en son propre lieu et place, trente citoyens de La Murette, entre lesquels l’Enclos du Château a été partagé et dont on retrouve les noms sur un plan cadastral dressé à cette époque.

LM2On retrouve encore ces noms actuellement dans le village.

Les documents de ce partage se trouvaient dans les minutes de Maître Ferrier, notaire à Rives.

Quant au château lui-même, il n’échappa pas non plus à la curée. On a retrouvé la répartition dans un texte du 12 brumaire. Huit habitants se partageaient la demeure.

La lecture du document suffit pour se rendre compte du morcellement déplorable de ce château qui traduit l’esprit de la Révolution dans ses aspects les plus néfastes, aspect dont nous subissons encore de nos jours les conséquences.
Certaines parcelles ont une superficie de quelques ares seulement, d’autres sont enclavées, d’où des servitudes de passage extrêmement gênantes, des regroupements difficiles.

Il arrive même qu’un terrain de superficie réduite : un journal et demi (un journal : ¼ d’hectare) appartienne à deux propriétaires. D’autres supportaient une source ou un arbre propriété de personnes différentes.

A cela on peut ajouter les problèmes d’eau. Une source ou l’usage d’une fontaine étaient partagés entre plusieurs individus, un jour pour l’un, un jour pour l’autre.

Ce système est aberrant, le désir de partager le bien d’autrui, même si ce n’était pas utile était représentatif de l’âme paysanne à cette époque. Ceci était la source de nombreux conflits, procès, de haines qui perdurèrent encore bien longtemps.

En ce qui concerne le château, on retrouve dans le document du 12 brumaire, la répartition des pièces selon l’énumération suivante :

– Cuisine, grande salle, salon de compagnie, chambres, chapelle, cave, dépense, hangar, chenil.- A l’extérieur, la terrasse, la cour au midi, la basse cour à l’ouest, le vieux jardin et le clos.

– Aucune tour de défense n’existait plus puisqu’il n’en est fait mention nulle part dans l’attribution très précise des bâtiments aux nouveaux venus.
De cette nomenclature établie à l’époque de la Révolution, on se rend compte que les lieux étaient à peu près les mêmes que de nos jours.

Le portail du levant existe toujours entre les communs et le chenil, celui du couchant mentionné à l’article 22 a disparu de même qu’une rangée de 4 tilleuls mentionnés comme repère à l’article 4.

L’eau fluait dans la cuisine et de là, par une canalisation, se jetait dans le bassin d’une fontaine, au nord du verger, bassin de pierre dure qui existe toujours de même que la fontaine près de l’actuel portail d’entrée.

On retrouve l’existence de la chapelle mentionnée dans le testament de Vachon grâce aux quatre ouvertures en forme d’oculi, deux sur la façade nord, deux à l’est.

LM3

L’adjudicataire Barnier n’avait conservé pour lui qu’une maison fermière indépendante avec grange, écurie, jardin, verger, basse cour, le tout d’une contenance de cinq journaux cinq cent quarante toises, situé à l’est du château.
On ne retrouve pas trace, dans la description, d’un bâtiment carré à l’ouest, sans doute un pigeonnier, dont la toiture a été enlevée pour échapper à l’imposition.

Les huit habitants du château y avaient installé leurs pénates. On a retrouvé bon nombre de papiers manuscrits à leurs noms et des actes notariés. Ils élevèrent des cloisons parasites, de faux planchers auxquels on accédait par des escaliers de fortune, bouchèrent des portes, défigurant la noble maison. Une fausse cave avait même été creusée sous la grande salle.

Tous ces gens étaient illettrés ; à la fin des élections du 12 brumaire, ils avaient tous déclaré ne pas savoir écrire, ce qui n’avait rien d’extraordinaire pour des paysans en 1792.

Mais cela explique les dégradations infligées au bâtiment par ignorance ou indifférence. Comme nous l’avons déjà dit, aucun vandalisme révolutionnaire n’a été remarqué dans cette demeure. Ce n’est donc pas de ce fait que des peintures murales ont disparu sous des badigeons, qu’un trou a été percé au beau milieu d’une fresque, que les parquets ou carrelages ont été détériorés et que des chattières ont été découpées au bas des portes.

Les biens de François Barnier passèrent à son héritier, Jacques Barnier surnommé Jacob, décédé à La Murette le 21 septembre 1909 laissant trois héritiers : ses deux filles Marie-Anne et Eléonore et son petit fils Paul Perrin, abbé, fils de Louise Barnier et de Paul André Perrin, sacristain à La Murette.

Eléonore mourut le 31 mars 1930 léguant à sa soeur sa part soit 1/3 des biens Barnier, laquelle soeur revendit sa part soit les 2/3 à son neveu l’abbé Perrin le 24 janvier 1948. Il avait déjà hérité de sa mère décédée.

Pour le château si malheureusement morcelé, une tentative de regroupement se dessine alors.

Une partie des bâtiments occupés par les familles Molard, Martelon, Vichier et Gillet avait échu par succession ou par vente à un nommé Pierre Calloud de Montrevel (Isère) qui les vendit à son tour aux demoiselles Barnier pour l’usufruit et à l’abbé Perrin pour la nue-propriété, le 20 août 1921 pour la modique somme de 600 fr.

Le père de l’abbé, le sacristain, avait acheté la part de Louis Bourde (ancienne cuisine) le 16 mars 1919.

A son tour l’abbé Perrin, alors professeur à l’externat Notre Dame à Grenoble, achète le 8 janvier 1938 trois pièces aux rez de chaussée, 1er et 2ème étage à Jules Sarragallet, ouvrier agricole pour 400 francs, bien dont il avait hérité de ses parents morts en 1866 et 1892.

En 1948, le corps principal du château et l’aile du couchant sont donc entre les mains de l’abbé Perrin et de son père.

L’autre moitié du château, bâtiment en façade et aile du levant plus basse (anciennement habitée par Barral, Blanchet et Jacques Perrin) appartient entièrement aux descendants de Jacques Perrin au début du 20ème siècle. Ces derniers ont peu à peu racheté les terres alentour.

Le château n’a dès lors plus que deux propriétaires, d’ailleurs cousins, mais brouillés : l’abbé Perrin, curé de Saint Martin le Vinoux et André Petrus Perrin qui a transformé sa moitié Est en ferme où il habite avec sa femme Alphonsine Carr, exploitant dix hectares de terre.

L’abbé qui n’habitait pas le château louait à des lyonnais en été des chambres rendues habitables par un aménagement rustique, le reste étant à l’abandon. La grande salle servait de remise à outils et à foin, le salon de compagnie de réserve à charbon. Un herboriste faisait sécher des plantes au premier étage.

A cette époque, une carte postale vendue à l’épicerie du village s’intitulait  » Ruines du vieux château « .

L’abbé Perrin mourut prématurément d’un cancer le 8 février 1953. Il avait par testament institué sa demi-soeur Eléonore Perrin qui vivait avec lui, sa légataire universelle avec un héritier réservataire et de droit à concurrence d’un quart, son père Paul André Perrin, sacristain.

Ce sont ces deux héritiers qui vendirent la demeure à la famille Franck le 17 mars 1953, acte signé devant le notaire, Maître Ferrier à Rives le 2 juin.

La partie dénommée ferme reste à cette date la propriété de Petrus Perrin qui mourut en 1957 et sa femme en 1965. Une promesse de vente avait été signée en faveur de Monsieur et Madame Franck mais ce sont les propriétaires actuels, Monsieur et Madame Doutre qui rachetèrent ces bâtiments.

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