L’autorité

L’Autorité

En introduction concernant l’autorité, la meilleure façon peut-être de comprendre ce qu’est l’autorité, c’est de revenir à l’étymologie. L’autorité a la même racine en latin que le mot « auteur », donc celui qui a autorité, c’est « l’autorité est auteur de quelque chose » et c’est ce qui crée quelque chose. Alors « auteur de quoi » ? auteur évidemment d’un bien. Donc l’autorité est auteur d’un bien. C’est la première idée.

Deuxième idée, l’autorité est indispensable. Il ne peut rien exister sans autorité. On peut en donner des exemples, montrer de façon tout à fait concrète : on a un accident de la circulation, des victimes, etc. aussitôt les gens s’arrêtent et on voit quelqu’un dans le groupe qui va se dégager et qui va donner des ordres en disant « bloquer la circulation ici, dévier la circulation de ce côté, téléphonez à la police, à l’ambulance, au secours, » etc…et aussitôt les gens exécutent, quelqu’un va bloquer ici, dévier là, téléphoner, et on ne va dire « qui tu es toi ? pour qui tu te prends ? » parce que tout le monde a compris que dans ce cas de nécessité absolue, le danger, la vie des victimes qui est menacé, ce qui compte c’est que toutes les actions soient coordonnées, en vue d’un bien, le bien ici étant le survie de la victime. Et donc il y a quelqu’un qui du fait de sa profession, de son habitude, peu importe vois mieux la façon de régler ce problème, d’apporter le meilleur secours à la victime, et c’est cette personne qui va bloquer à droite, dévier à gauche, etc. Donc les secours vont s’organiser le mieux possible et donc personne ne conteste cette autorité, donc l’autorité c’est ça, et celui qui a autorité, a autorité tout simplement parce qu’il est capable de voir le bien, ici c’est le secours a apporté aux victimes, et cette autorité est reconnue et accepté par tout le monde, parce que tout simplement tout le monde comprend mieux que celui qui donne les ordres, ce n’est pas pour faire le coq du village, c’est tout simplement parce qu’il y a nécessité d’apporter des secours le plus rapidement possible aux victimes.

Alors si on part de ce fait d’expériences qu’on peut constater facilement si on le généralise un petit peu, on peut montrer qu’il n’y a pas de société possible sans autorité. Pour la même raison, puisque l’autorité dans une société, c’est ce qui va créer de l’unité, les individus sont différents les uns des autres, les passions et les intérêts sont différents, et bien l’autorité c’est ce qui va créer de l’unité à l’intérieur de la société en coordonnant les actions et en permettant à chacun de travailler en vue d’un objectif commun, ce que Saint Thomas d’Acquin appelle le bien commun. Donc pas de vie possible en société, pas d’unité en société possible sans une autorité.

On pourrai même montrer que le rejet si courant de l’autorité à notre époque, la contestation de l’autorité si répandue à notre époque, c’est finalement une confirmation de la nécessité de l’autorité. Donc même ce qui semble aller le plus à l’encontre de l’idée de l’importance de la nécessité de l’autorité est en quelque sorte une confirmation du côté vital, indispensable de l’autorité.

J’aimerai dans une première partie, parler des fonctions de l’autorité, dans une deuxième partie, j’évoquerai les relations entre l’autorité et la liberté, et dans une troisième partie les difficultés modernes quant à cette question de l’autorité.

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Les fonctions de l’autorité

Elles sont simples, il y a trois fonctions de l’autorité.

La première fonction de l’autorité exerce une action sur l’intelligence. Le but de l’autorité, puisque j’ai dit que l’autorité allait créé de l’unité, allait permettre d’atteindre le bien commun, et bien la première fonction de l’autorité c’est de dire ce qui doit être fait. Donc la première fonction de l’autorité, elle s’adresse à l’intelligence et dicte ce qui doit être fait. Dans l’exemple que j’évoquais tout à l’heure de l’accident de la circulation, cette autorité se manifeste par ces ordres qui sont donnés : barré à droite, stoppé à gauche. Donc, première fonction de l’autorité, elle se manifeste par le commandement.

La deuxième fonction de l’autorité, doit exercer une action sur la volonté. C’est bien beau d’avoir une vue claire du but à atteindre. En principe, celui qui a autorité, c’est celui qui voit mieux que les autres le but à atteindre et qui comprends mieux que les autres les moyens à utiliser pour atteindre ce but commun. C’est très bien de connaître le but, c’est très bien de savoir peut-être mieux que les autres les meilleurs moyens utilisés pour atteindre ce bien commun, mais s’il n’y a pas volonté d’atteindre ce but, le but ne sera jamais atteint. On pourrai donner l’exemple d’un Général à la tête de ses troupes qui a priori à une meilleure vision du but à atteindre, à une meilleure vision que l’homme de troupe des moyens à utiliser pour atteindre le but mais qui n’aurai pas la volonté de remporter la victoire, c’est bien évident que la victoire ne sera jamais remportée sans cette volonté. Donc deuxième fonction de l’autorité, elle doit avoir une action sur la volonté et le résultat de cette action sur les volontés, ça va être de mouvoir, de créer un mouvement, entraîner derrière soi les individus, les actions, les comportements.

Troisième fonction de l’autorité, elle doit avoir une action sur la vertu. D’une autre façon, cette autorité doit être éducatrice, on va en parler avec la question de l’obéissance. Elle doit avoir une action sur la vertu, tout simplement parce qu’il n’existe pas de vertu innée. La vertu n’existe que par l’éducation, donc si on veut que le but soit atteint pas simplement ponctuellement, mais que des individus qui seraient dépourvus momentanément d’une autorité puissent malgré tout continué à poursuivre le but commun, continue à fonctionner de cette façon, il faut que cette autorité soit éducatrice.

Donc voilà pour les trois fonctions essentielles de cette autorité.
Donc, je rappelle :

  • action sur l’intelligence,
  • action voir et dire sur la volonté, entraîner les volontés, mouvoir,
  • action sur les vertus, éduquer les subordonnés, éduquer aussi à l’obéissance.

Là aussi, il y a des erreurs phénoménales dans notre société concernant l’obéissance. L’obéissance est automatiquement perçue comme un signe de faiblesse, comme un signe de servilité. Bien entendu non, puisque l’obéissance est une vertu morale, l’obéissance c’est tout simplement la vertu du subordonné qui reconnaît que l’autorité voit mieux qu’elle, le but à atteindre, connaît mieux qu’elle les moyens à utiliser, pour atteindre le but commun, le bien commun. Donc l’obéissance est une vertu morale, on se fait le devoir d’obéir à l’autorité, pas par plaisir encore une fois masochiste, de la servilité, etc. mais simplement parce qu’on reconnaît les capacités d’intelligence de volonté chez l’autorité. Donc l’obéissance étant une vertu morale, on se fait le devoir d’obéir, montre aussi que l’autorité est une vertu morale. L’autorité est bien loin (c’est une erreur commune de notre société) de devoir être assimilé à la possibilité d’exercer une contrainte. L’autorité est un pouvoir moral. Il existe un pouvoir moral de l’autorité vis-à-vis des subordonnés de se faire obéir. Pourquoi ce pouvoir moral ? Tout simplement parce que les subordonnés, encore une fois, reconnaissent les qualités déjà indiqués tout à l’heure à l’autorité, le fait de mieux voir le but à atteindre, de mieux connaître les moyens à atteindre le but, le bien commun. L’obéissance ne peut qu’être librement consentie, c’est un devoir d’obéir à celui qui reprend l’exemple, donc c’est un devoir d’obéir à celui qui est sur le terrain et qui donne les ordres pour que les secours soient portés le plus rapidement possible. Autrement, on tomberai quasiment dans la « non-assistance » à personne en danger, en voulant à tout prix contester.
Donc l’autorité est librement consentie, c’est une vertu morale, l’autorité est également une vertu morale donc celui, qui le seul a les qualités que j’ai indiqué tout à l’heure, obtient une qualité morale qui lui permet de faire sentir à ceux qui vont obéir qu’ils ont le devoir moral d’obéir. Alors, comme je vous disais, il y a ici un contresens énorme qui existe dans nos sociétés, puisqu’on assimile bien souvent obéissance et contrainte.

Un mot sur la contrainte : les relations entre la contrainte et l’autorité.
L’autorité peut utiliser la contrainte, mais le problème c’est que dans nos sociétés, on en est venu à établir une analogie entre les deux. Autorité égalerait automatiquement contrainte, égalerait automatiquement pouvoir arbitraire. On peut momentanément utiliser la contrainte, mais par exemple c’est nuisible pour des parents en matière d’éducation quand on a à faire à un petit enfant qui n’est pas encore capable de comprendre, quand ce petit enfant s’approche du feu et va mettre la main sur la plaque de fourneaux, évidemment on a pas le temps d’expliquer, premièrement, même si on explique, il risque de ne pas comprendre, on peut utiliser la contrainte, ici la contrainte physique pour éviter un mal : l’enfant qui se brûle. Mais cette contrainte physique, si elle peut être utilisée, ici dans ces raisons d’urgence où on n’a pas le temps d’expliquer, où pour ces autres raisons, l’enfant est trop petit pour comprendre, cette utilisation de la contrainte doit être limitée et temporaire. Elle est uniquement justifiée par ces contraintes d’urgence, par ces contraintes d’impossibilité de faire comprendre à quelqu’un qui….ici dans le cas de l’enfant qui n’a pas l’âge de raison.

Puisque la contrainte permet d’obtenir le résultat qu’obtient normalement l’autorité, c’est-à-dire l’obéissance, sans passer par les vertus de la morale, il y a une dérive possible d’utiliser trop souvent la contrainte, mais dans ce cas on n’est plus dans le cadre d’une autorité qui serai un pouvoir moral qui obtiendrait une obéissance vertu moral librement consentie, on tombe dans l’autoritarisme avec en tête la contrainte. On voit finalement lorsque l’on assimile autorité et contrainte, on commet un contresens, par exemple, sur le plan politique, les régimes qui utilisent le plus la contrainte, les dictatures sont des régimes qui s’effondrent complètement, dès lors que la contrainte cesse, plus de contraintes, plus de contraintes totale dans tous les domaines, effondrement systématique. Tout simplement ici parce qu’il y a une erreur sur l’autorité.
Ce n’est pas parce qu’il y aura plus de contraintes, qu’il y aura plus d’autorité, bien au contraire, ici erreur sur l’autorité, il n’y a pas de véritable autorité, le régime ne tient que par la contrainte.

Les relations entre autorité et liberté

Le problème dans notre société, là encore on commet des erreurs manifestes concernant ce qu’est l’autorité et ce qu’est la liberté.

La liberté, vous le savez dans notre monde moderne est conçu la plupart du temps par des gens de bonnes consciences, comme le pouvoir de faire ce que l’on veut. Erreur grossière quant à cette notion de liberté puisque si je fais ce que je veux, cela signifie que je me laisse entraîner par mes émotions, mes passions, ces dernières étant finalement le résultat du fonctionnement de mes glandes, je suis l’esclave de mes instincts du fonctionnement de mes glandes. Saint Bernard disait que le plus grand ennemi de l’individu c’est justement…..Dès lors qu’on se fait esclave de ses passions, de ses instincts, etc. évidemment plus aucune liberté. Donc, cette fausse conception de la liberté si répandue dans notre monde moderne est à l’origine des contresens qui existent entre les relations autorité et liberté.

Donc si la liberté n’est pas le pouvoir de faire ce que l’on veut, qu’est cette liberté ? Il me semble que la meilleure façon de répondre à cette question, celui qui nous donne l’éclairage le plus intéressant sur cette question, c’est Plotin, qui nous explique que finalement être libre, « c’est être dépendant de plus grand que soi« . Vous vous imaginez dès lors qu’on commence à citer cette phrase, qu’on commence à dire qu’être libre c’est être dépendant, aussitôt réaction, on a l’impression que les gens se posent des questions sur notre santé mentale, dés lors qu’on commence à affirmer ceci. Puisque encore une fois faire tout ce que l’on veut signifierai finalement « être totalement indépendant », dans notre société, la liberté c’est ça. Même indépendance est absolument invivable, si je suis totalement indépendant, c’est-à-dire si je ne suis dépendant de rien du tout, si je suis coupé de tout, je ne peux pas vivre. Pour vivre signifie être lié, relié. Le problème ce n’est pas être visé à une indépendance absolue, qui entraînerait une impossibilité de vivre, une solitude absolue. Eric From a bien montré que le mal numéro un de l’homme moderne, le mal numéro un dans la société, le problème numéro un pour l’individu, c’est la solitude, et il montre que les moyens utilisés pour faire face à cette solitude, et bien dans notre société on privilégie les moyens les moins bons, au lieu de privilégiés les moyens les meilleurs :

Le premier moyen, le meilleur, le plus adapté, le plus satisfaisant c’est l’amour, l’amour puisque en étant deux on est, le problème de la solitude n’existe plus, mais l’amour c’est pas facile.

Deuxième moyen pour face à ce problème de solitude : réaliser une œuvre par le travail routinier, par la réalisation d’une œuvre, finalement on arrive à ne plus éprouver ce sentiment de solitude, ne plus être victime de cette pression de la solitude, mais il nous fait remarquer dans notre société moderne, tout deviens quasiment impossible ou en tout cas de plus en plus difficile de réaliser une œuvre, (division du travail, travail morcelé, etc. objectif de rentabilité), on a de moins en moins la possibilité de réaliser une œuvre par soi-même.

D’où peut-être un peu la mode de l’intérêt pour le bricolage, puisque finalement le bricoleur du dimanche arrive à créer quelque chose par lui-même, il est le réalisateur complet d’une œuvre, quelque soit les qualités de cette œuvre, il a la possibilité de faire quelque chose entièrement, alors que la plupart du temps dans sa vie professionnel, il n’effectue que des tâches morcelantes.

Troisième moyen nous dit Eric From pour faire face à ce problème de solitude, c’est en essayant d’oublier sa solitude. Deux moyens pour oublier sa solitude : le 1er moyen, c’est d’être intégré à un groupe, de tel façon qu’on s’oublie totalement dans le groupe, dans les « grands messes » modernes, comme on dit maintenant, puisque les messes sont les réunions autour d’une activité sportive, etc… ou festives. Donc les « grands messes » modernes sont bien le signe de ceci, on s’oublie soi-même en étant intégrer dans un groupe, le comportement des femmes c’est tout à fait ça, on existe plus par soi-même, on est le groupe. Gustave Thibon a montré que lorsqu’on était en groupe il y a une psychologie particulière au groupe qui se développait et qu’on devenait capable de chose, qu’on était pas capable de faire dans sa vie privée, personnelle. Ceci est la 1ère forme, on essaye d’oublier son problème de solitude en s’intégrant au groupe, et puis Eric From, nous dit il y a encore pire si l’on veut, – ici on essaye d’oublier par l’abolition de la conscience de soi. Comment ?
Par la consommation d’alcool, de drogues, par les orgies sexuelles, ici il s’agit d’oublier complètement ce qu’on est, et Eric From nous dit quelque chose de caractéristique de notre société, c’est que finalement on privilégie, on pousse les gens, on pousse particulièrement les jeunes, on les dirige en direction des moyens les moins satisfaisants c’est-à-dire le 4è, le 3è, et puis il nous fait même remarquer que traditionnellement les hommes avaient tendance à privilégier pour faire passer le problème de la solitude le moyen numéro 2, c’est-à-dire le travail avec la réalisation d’une œuvre. Et puis les femmes au contraire, étaient plus sensible au moyen numéro 1, c’est-à-dire l’amour, le foyer, la vie familiale, etc.

Et il nous fait remarquer que dans notre société moderne, il y a une espèce de décalage qui se fait, que les femmes de plus en plus finalement en viennent à considérer que le « must » c’est de se consacrer le plus possible à son travail et puis les hommes pendant ce temps abandonnent le travail pour se diriger vers les moyens 3 et 4, donc l’adhésion, la fusion dans un groupe ou les comportements que j’ai indiqué, les fuites dans l’alcool, dans la drogues, etc. Donc voilà les conséquences de cette fausse conception de la liberté.

Je reviens à la définition « être libre, c’est être dépendant de plus grand que soi« . On peut illustrer ça facilement, en prenant le cas d’un enfant de 3 ans qui se promène dans la rue en tenant la main de son père ou de sa mère. Cet enfant se sent parfaitement bien, il est en totale confiance, tout simplement parce qu’il a sa main dans celle de son père ou de sa mère, et pour lui, son père ou sa mère se sont des héros. Son père bien entendu, c’est le plus fort, sa mère bien entendu c’est la plus belle, la plus gentille, et donc pour lui, tout se passe parfaitement bien, à la moindre difficulté, il suffit de prendre la main de papa ou de maman, et le problème a disparu. Donc l’enfant est complètement dépendant physiquement, émotionnellement, etc. de ses parents, ça n’empêche pas, bien au contraire de ressentir une liberté totale, il est totalement ouvert au monde, il peut accueillir tout ce qui vient du monde autour de lui à cause de cette sécurité.
Le fait d’être dépendant ici, bien loin de créer une inaptitude au bonheur, crée au contraire une ouverture de son esprit qui lui permet de profiter pleinement de sa liberté. Le problème de la dépendance, ne se pose donc pas pour l’enfant, il se pose au moment de l’adolescence. Au moment de l’adolescence, le problème rencontré par l’enfant qui va devenir un adulte c’est qu’il a besoin de s’éloigner de papa et de maman, il a besoin de prendre son autonomie. Et le grand problème bien souvent des parents, c’est qu’ils ne comprennent pas c’est que dans leur relation avec leur enfant, il y a également des étapes, qu’on ne peux pas avoir le même comportement, que l’enfant n’a pas les mêmes besoins à l’adolescence au moment de l’enfance. Autant au moment de l’enfance, n’importe quel parent, même le père le plus sous-développé intellectuellement parlant, même la mère la plus limitée dans tous les domaines, sont capable de remplir leur rôle que l’enfant attend d’eux, c’est-à-dire celui qui va permettre d’amener à l’enfant la confiance parce que ce père ou cette mère quel que soit leur limite sont inévitablement plus grand que leur enfant, ils sont plus grand physiquement, ils sont capables de le protéger, ils sont capables de le nourrir, de subvenir à ces besoins matériels. Et ils sont également plus grand psychologiquement, parce qu’ils ont une connaissance de la vie qu’évidemment eux n’ont pas, donc pas de problème particulier pour cet enfant.

Par contre, à partir du moment où l’enfant devient un adolescent, l’avance en quelque sorte des parents sur l’enfant, le côté plus grand des parents vis-à-vis de leur enfant devient moins important. Bien entendu, les parents ont encore une avance en terme d’expérience de la vie mais pas nécessairement d’expérience de la vie que l’adolescent vis lui-même. Ce qu’il vit au lycée, n’est pas forcément connu, maîtriser par les parents. D’autre part, nécessité de sortir de cette relation telle quelle s’était établit au moment de l’enfance. Donc bien souvent quand il n’y a pas de changement d’attitude de la part des parents, cette crise de l’adolescence qui se manifeste de la part des adolescents par un rejet totale des parents. Et si ça ne vient pas de l’adolescent qui, comme on dit bien souvent « fait preuve d’ingratitude« , serait incapable de reconnaître ce qui lui a été apporté par ces parents, ça vient bien souvent la plupart du temps du fait que cet adolescent alors que lorsqu’il était petit il avait l’impression d’être dépendant de plus grand que lui, il a l’impression de plus en plus de continuer à être dépendant ne serais-ce que sur le plan matériel de gens qui ne sont pas nécessairement plus grand que lui. Qu’est-ce que c’est que quelqu’un qui est plus grand que soi ? C’est quelqu’un qui est capable de tirer un individu vers le haut, c’est-à-dire quelqu’un qui est capable de permettre à un individu d’exprimer ce qu’il a de meilleur en lui, développer les potentialités qu’il a en lui, c’est ce que les parents sont capable de faire vis-à-vis de leur petit enfant. C’est ce qu’ils ne sont plus nécessairement capable, où plus aussi bien capable de faire au moment où l’enfant est un adolescent. Donc ce rejet, puisque bien souvent les parents qui sont figés dans un rôle n’arrivent pas à comprendre que la relation avec leur enfant doit changer et bien souvent on voit ces comportements typique des parents qui pouvaient passer durant le temps de l’enfance, qui deviennent complètement inadaptés, un ordre est donné par les parents, question de l’adolescent : « pourquoi ? » « parce que, j’ai dit …etc.« . Evidemment, quand un parent répond à son enfant « parce que c’est comme ça, parce que je te dis, tu ne discutes pas, ect. » la réaction inévitable, c’est que l’adolescent sent qu’il est dépendant de gens qui ne sont pas plus grand que lui. Quelqu’un qui est plus grand que lui est capable d’expliquer le pourquoi, du comment de la chose. Donc crise qui se manifeste au moment de l’adolescence, certain auteur ont montré que la meilleure façon de régler le problème, (mais c’est impossible) il faudrait qu’il existe une véritable éducation des parents.
Dans nos sociétés, il y a une éducation à tout, sexuelle y compris, mais pour la tâche la plus importante dans la vie des gens, c’est-à-dire « être parents« , il n’y a pas d’éducation pour eux. On se retrouve parents, on ne sait pas pourquoi ! parce que c’est l’âge, parce qu’il y a un enfant qui vient de naître. Aucune préparation à ça, psychologique, aucune éducation à la fonction de parents. Et donc on peut penser que s’il y avait un minimum une conscience, un semblant d’éducation à la fonction parentale, les parents pourraient peut-être comprendre qu’il y a des étapes à observer dans la vie des parents, et que notamment à partir du moment où l’enfant devient un adolescent, finalement le père où la mère doivent se comporter en quelque sorte en tant qu’aîné, et non plus seulement en tant que père et mère. Aîné ou grand frère ou grande sœur de leur grand adolescent, c’est-à-dire quelqu’un qui ne peut plus donner les ordres sans expliquer mais quelqu’un qui est là simplement pour dire « j’ai un peu plus d’expérience que toi dans ces domaines, je peux peut-être t’apporter une certaine aide« .
A ce moment là, il n’y a plus de rejet de la famille, plus de crise de l’adolescence, en tout cas aussi marqué qu’on le voit parfois.

« Etre libre, c’est être dépendant de plus grand que soi« . Donc il est évident que dans nos sociétés, on avait une vision claire de ce qu’est la liberté, non pas le pouvoir de faire n’importe quoi, non pas le désir d’être complètement indépendant, mais si on comprenait qu’on ne peut pas vivre, en dehors des relations, on ne peux pas vivre sans être lié, la seule façon de concevoir la liberté, de concevoir des liens, qui au lieu d’être des liens appauvrissant, où des liens qui tirent vers le bas, soit des liens qui au contraire soit des liens au contraire épanouissants, des liens qui tirent vers le haut. Donc en ce sens, on comprend cette phrase de Platon : « Etre libre, c’est être dépendant de plus grand que soi« . Donc la dépendance même vis-à-vis des meilleurs parents, même vis-à-vis des meilleurs éducateurs, même vis-à-vis du meilleur homme ou de la meilleure femme, elle restera en partie frustrante, parce que ce plus grand que soi, père, mère, éducateur, etc. a malgré tout ses limites. Finalement la seule liberté totale, on l’a compris, ne peut être obtenu qu’en étant complètement dépendant de celui qui est obligatoirement plus grand que nous , c’est-à-dire de Dieu.

Difficultés modernes quant à cette question de l’autorité

Ces difficultés modernes trouvent leurs origines dans la Révolution française et dans le type de société qui a été mis en place à l’époque.
Concernant la Révolution française, certains auteurs ont montré qu’à cette époque, chez les révolutionnaires, chez les « lumières« , on a conçu cette idée que finalement le meilleur moyen qu’on a pour supprimer le pouvoir royal, le pouvoir du Roi sur la population, c’était finalement de mettre en doute la légitimité de ce pouvoir. Si on arrivait, d’après les auteurs de l’époque à mettre en doute ce pouvoir, finalement il n’y aurai plus de pouvoir, plus d’obéissance, et donc la société serai libérer de ce pouvoir. Le problème, c’est que la nature a horreur du vide, on a effectivement créer des conditions pour permettre le doute sur ce pouvoir, pour développer des critiques vis-à-vis de la légitimité de ce pouvoir, donc la Révolution a pu se faire, pour que les choses soient bien claires, on a évidemment coupé la tête du Roi, mesure symbolique, mais la conséquence de ceci c’est que finalement dans cette société et en dehors de la société française, cette attitude d’esprit a perdurer. C’est-à-dire que depuis cette époque on en est venu à considérer que finalement toute autorité serait illégitime.
Donc on arrive plus à être au clair avec cette question d’autorité, puisqu’en permanence on est travaillé par cette question « l’autorité est-elle finalement quelque chose de légitime ?« . Certains auteurs ont montré que de ce point de vue il y a dans nos esprits une façon de fonctionner qui est radicalement différente de celle qu’on avait du temps de l’ancien régime ou au moyen-âge.

Par exemple, on a montré qu’au moyen-âge, l’exemple de conversation entre un Evêque et un paysan discutant de choses tout à fait sérieuse avec un très grand respect de la part de l’Evêque vis-à-vis du paysan et du paysan vis-à-vis de cet Evêque, et bien en ces auteurs modernes ont montré que le lecteur moderne est incapable de comprendre cette situation, comment l’Evêque pouvait montré un tel respect vis-à-vis du paysan puisque sur le plan social, il y a quand même une grande différence de fonction, et puis comment le paysan pouvait manifesté autant de respect vis-à-vis de l’Evêque mais avec si peu de mauvaise conscience. Et on a montré que cela venait tout simplement du fait que dans la société ancienne, qui était une société hiérarchisée, on faisait une différence très nette entre les fonctions et les personnes. Le respect était donné à la fonction, l’autorité était reconnue à celui qui occupait une fonction, donc on savait que le Roi pouvait avoir tel ou tel défaut, que le seigneur pouvait avoir telle ou telle faiblesse, etc. ça n’empêchait pas que son autorité était respectée, admise, obéit, tout simplement parce que le respect, l’obéissance était donné à sa fonction quelle que soit les limites personnelles de l’individu. Et donc certains auteurs ont montré que dans nos sociétés qui est basé sur le principe d’égalité, on arrive plus à faire cette différence entre l’homme, ou la personne et la fonction. Question qui est posée en permanence : « est-ce que en acceptant l’autorité de cette personne, est-ce que finalement cette acceptation de ma part est légitime ? est-ce que cette personne à légitimement le droit d’avoir une autorité sur moi ?« . Et on s’en sort plus ! Parce que qui est capable de sonder les cœurs et les reins ? Donc, il y a un doute en permanence sur tout, et la mise en cause permanente de l’autorité, puisqu’on arrive plus à faire la distinction entre fonction et personne.

Deuxième cause des problèmes rencontrés vis-à-vis de l’autorité à notre époque viennent de la société qui a été mis en place à cette époque. Contrairement à ce que l’on vous raconte dans les bouquins d’histoire, cette Révolution française, est une Révolution essentiellement bourgeoise, qui a permis la mise en place d’une nouvelle organisation économique et sociale, qu’on appelle couramment le capitalisme avec prise de pouvoir de la bourgeoisie. Dans cette société, tout va être organisé à partir du marché, donc une société qui prétend s’organiser entièrement sans plus aucune référence morale. Tout est analysé sur le marché. Le marché est le lieu de rencontre d’une offre et d’une demande. J’ai une demande, je ne me pose pas la question pour savoir si ma demande est morale ou pas, c’est une demande. Il y a une offre je ne me pose pas la question pour savoir si cette offre est morale ou pas, c’est une offre. La seule question qui se pose c’est « comment vont se rencontrer cette offre et cette demande, et d’avoir un équilibre entre cette offre et cette demande. Donc, toute considération morale est complètement évacuée. Alors, le résultat de cette mise en place de cette société organisée autour du marché, ça va être un changement radical des conditions de vie avec en particulier une fragilisation considérable de vie et des destins. Le paysan qui vivait sur les terres du propriétaire foncier, jusqu’à là qui avait une vie réglé, tout à coup devient de la main-d’œuvre, manœuvrier pour l’industrie. Il peut perdre son travail, il peut ne pas en trouver, puisque les contrats sont établis journellement, donc très grande fragilisation des destins individuels, très grande fragilisation des vies.
Misères au début de la Révolution industrielle, misères noires, misères formidables et puis en conséquence de cette mise en place de cette société organisée par le marché : disparition de toutes les solidarités traditionnelles, les solidarités qui existaient à l’intérieur de la paroisse, à l’intérieur de la commune, à l’intérieur de la corporation, tout ça disparaît, donc très grande fragilisation individuelle, disparition de la vie communautaire.

La conséquence de ceci, de cette société organisée autour du marché, c’est finalement des gens qui ont connus des difficultés, pas d’emploi, difficultés matérielles. On en est venu à considérer dans ces sociétés individualistes, que la faiblesse était le signe des difficultés matérielles, était le signe, le résultat, la conséquence d’une faiblesse personnelle. « Si j’ai des difficultés, c’est que finalement je ne suis pas bon, si j’étais bon, je m’en sortirai« . Donc, toutes difficultés matérielles, toutes difficultés sociales renvois à un doute sur soi-même. Conséquence de ce doute sur soi-même, c’est que finalement, la dépendance va apparaître comme une forme de faiblesse, va susciter dans cette nouvelle société un sentiment de honte, être dépendant amène à se considérer comme tel, et à y prouver un sentiment de honte. Donc changement radical sur le plan psychologique des relations qui existaient par rapport à ce qu’on avait dans la société précédente. Je donnai tout à l’heure, l’exemple du paysan qui s’entretenait avec l’Evêque malgré l’inégalité des conditions sur le plan social, un grand respect de chacun vis-à-vis de l’autre, aucun sentiment de honte vis-à-vis du paysan qui est inférieur sur le plan social. Encore une fois, le respect est donné à la fonction, et il n’y a pas de contestation vis-à-vis de la personne. Mais si la situation de dépendance économique se traduit par une honte est considéré comme le signe d’une faiblesse personnelle, (vous savez qu’à l’heure actuelle c’est encore le cas, même si on est à un peu plus de 2 siècles après la Révolution industrielle), on sait que sur le plan psychologique, il y a bien souvent des problèmes importants avec les chômeurs, et le chômeur au bout d’un moment en vient à avoir des doutes colossaux sur lui-même en se disant « est-ce que j’ai encore le droit de vivre ? est-ce que j’ai une place dans cette société puisque je n’apporte plus rien« . Donc un doute phénoménale vis-à-vis de soi-même, une honte vis-à-vis de soi même.

Donc, du fait de la dépendance, on vient à être perçu comme le signe d’une faiblesse, et vécu sur le mode de la honte, on ne peux plus accepter quelque forme de relations qui pourraient se traduirent par une dépendance, et donc on ne peux plus accepter les relations vis-à-vis d’une autorité, on ne peux plus se reconnaître un devoir d’obéissance vis-à-vis d’une autorité car finalement ça serait, se reconnaître comme tel, et finalement éprouver un sentiment de honte. Voilà la conséquence ici du fonctionnement qu’on a avec cette société organisée autour du marché.

Conséquence des idées qui vont se développés dans cette nouvelle société, idées développés par la Révolution française, idées développés par les libéraux, les partisans de cette société de marché, les fondements en terme de valeur dans cette nouvelle société, c’est premièrement l’individualisme. Si chaque homme est le centre de tout, du monde, est la mesure de toute chose, bien évidemment l’autorité ne peux être acceptée parce qu’elle va à l’encontre de l’individualisme. Ca voudrait dire que l’individu n’est plus le centre de lui-même, n’est plus la mesure de lui même, donc l’autorité ne peut plus être acceptée. Dans une société comme dans l’ancien régime ou du moyen-âge où on reconnaît que tout est organisé par Dieu, tout est dépendant de Dieu, on trouve normal finalement qu’il existe dans la société des relations de dépendance si elles permettent d’atteindre le bien commun.
Dans une société, où on contraire on prétend faire de l’homme le centre, le point de départ de tout, inévitablement une relation de dépendance, ou se reconnaître un devoir d’obéissance vis-à-vis d’une autorité sont en totale contradiction avec ces tendances individualistes.

Deuxième fondement de cette société : l’égalitarisme. Là encore, l’autorité, si on regarde bien les choses telles qu’elles sont, l’autorité crée une relation entre des gens inégaux : les parents et l’enfant, la personne qui a l’autorité et celle qui obéit, le subordonné. Dans une société, on est sur le principe d’égalitarisme où on veut à tout prix imposer l’égalité par tous les moyens, mais évidemment impossible d’être au clair, d’accepter une relation d’autorité, impossible de se reconnaître un devoir d’obéissance.

Ensuite, l’idéalisme sur le plan philosophique offre à notre société moderne depuis Descartes, le père de l’idéalisme moderne. A quoi conduit cet idéalisme ? A considérer que finalement (selon les idées de Jean-Jacques Rousseau) tous les problèmes viendraient de la société et que tout irait merveilleusement s’il n’existait plus cette société, et si concernant le problème de l’autorité : si toute autorité disparaissait. Nous baignerions dans un bonheur permanent. Evidement c’est une vie complètement idéaliste puisque la disparition de toute autorité amènerait le retour à la loi de la jungle, et ceci entraînerait l’impossibilité de la liberté. Ce qui permet à la liberté individuelle de pouvoir s’exprimer, c’est qu’il existe un certain nombre de lois, d’organisations sociales et qu’en ayant un certain niveau de vie on peut développer des qualités humaines, etc, … Mais s’il n’y a plus aucune de ces protections, si en permanence, on vit la vie de tous les jours, qui devient une « lutte » pour la vie, impossibilité de donner un développement à la liberté individuelle.

Voilà la conséquence de ces trois valeurs, qui ont été fortement développé depuis la Révolution française et également dans le système économique mis à cette époque qui constituent des obstacles considérables vis-à-vis des conceptions claires de ce qu’est l’autorité et de ce que devrait être l’obéissance.

La conséquence de tout ceci, me semble t-il, c’est le développement de formes perverses ou perverties de l’autorité. J’aimerai en indiquer deux, la première, c’est « le paternalisme« , qu’on a vu se développé de façon importante à la fin du XIXè s. Je vais indiquer les raisons du développement du paternalisme, et pourquoi ça me semblait une forme perverse de l’autorité.

Le paternalisme s’est développé dans les milieux industriels à Chesfield, en Angleterre, à Lyon, dans le nord de la France, dans certaines villes des Etats-Unis, dans des villes qui étaient des centres industrielles. Et bien du fait des problèmes que j’ai indiqué tout à l’heure c’est-à-dire la misère d’une part, la disparition de toutes les solidarités traditionnelles qui existaient jusqu’à là, finalement il y a des patrons qui ont considérer que cette misère posait des problèmes humains pour ceux qui vivaient dans cette misère, mais cette misère posait également des problèmes pour eux dans leur entreprise, dans leur société.
Très grande instabilité de la population ouvrière, développement de vices, conséquences de cette misère, l’alcoolisme, la prostitution, etc., … Alors, certains de ces patrons animés des meilleures intentions du monde ont essayé d’améliorer la situation sociale de leur salarié notamment en créant un cadre de vie agréable pour les salariés.
Ce qui a permit à St Priest, même si c’est plus récent, des quartiers ouvriers, des résidences construites par l’entreprise pour les salariés, cela offraient donc des meilleures conditions de vies. C’était à la fois, pour répondre à cette misère, et par exemple au Etats-Unis, un des modèles de ce paternalisme « Pullman » (celui qui a construit les wagons-lits). Ce Pullman a développé à côté de son entreprise, dans une ville qui a précisément pris son nom « Pullman« , il a développé une cité ouvrière extrêmement importante, quelque chose comme 6000 maisons pour ces salariés qui pour une grande partie logeaient dans ces résidences, et il expliquait bien que s’il a créer ceci, premièrement pour améliorer le niveau de vie de ces salariés, deuxièmement parce qu’il se rendait bien compte que les solidarités traditionnelles ayant disparus, il n’y avait plus véritablement de vie communautaire, donc c’était en même temps un moyen de recréer une communauté, un cadre de vie pour ces gens, il avait donc les meilleures intentions du monde.

Mais pourquoi perverses ?
Parce que les faits ont montré ce côté perverses de ce paternalisme. Pour reprendre l’exemple de Pullman, c’est aux Etats-Unis que s’est développé à la fin du XIXè siècle, une grève extrêmement importante, la première et la seule grève générale dans l’histoire des Etats-Unis. Le point de départ de cette grève générale c’est chez Pullman, c’est tout à fait extraordinaire : grève générale, tout à fait inhabituelle aux Etats-Unis, et l’origine n’était pas dans les endroits où la misère est la plus noire, c’est au contraire chez celui qui faisait le plus chez ses salariés, qui avait adopté la politique la plus paternaliste. Et pour quelles raisons, la grève avait commencé chez Pullman ? Et bien tout simplement parce que les gens de chez Pullman en avaient « marre ». Bien entendu, ils avaient une résidence, mais ils ne pouvaient qu’être locataires, et eux ce qu’ils auraient aimé pour se sentir mieux dans leur vie, c’est être propriétaire, mais Pullman le refusait à tout prix. Ils ne pouvaient qu’être locataires, Pullman expliquait que s’ils les laissaient être propriétaires, ils n’auraient plus la même situation de dépendance vis-à-vis de lui, et que finalement il n’y aurai plus le même climat dans la ville y compris dans l’entreprise. Le résultat de ceci, puisqu’ils n’avaient pas la possibilité de devenir propriétaire, ceux qui travaillaient depuis longtemps chez Pullman et qui avaient réalisés des économies, abandonnaient leur résidence pour aller s’installer en tant que propriétaire ailleurs. Et finalement, on avait un « turnover » relativement important avec en permanence des gens qui venaient s’installer dans ces cités et qui étaient ceux qui n’avaient pas les moyens de se rendre propriétaire de leur logement. Les gens disaient que finalement dans cette ville de Pullman on a l’impression d’être en campement, ça change sans arrêt, nos voisins sont différents à chaque fois et puis on a véritablement le sentiment qu’en fait pour avoir une vie convenable il faut considérer la résidence dans cette cité comme un passage. Donc au bout d’un moment on a aboutit à cette conclusion : ce Pullman qui avait fait beaucoup pour ces salariés et devenu en quelque sorte leur bête noire.
Pourquoi ? Bien entendu, lui –même ne comprenait pas, il a été terriblement choqué par cette grève.
Mais si on réfléchit bien au « pourquoi », bien tout simplement le paternalisme correspond à une perversion de l’autorité et une perversion du rôle paternel. Qu’est-ce que c’est que le père ? C’est celui qui protège et qui dirige bien sûr, mais aussi qui permet à l’enfant de devenir un adulte. Le but de la protection accordée par le père (parce que la protection est nécessaire à un enfant qui est faible) c’est de permettre à cet enfant petit à petit de prendre son autonomie et de devenir un adulte qui tient la route.
Et bien dans le paternalisme on voit une forme d’amour paternelle tout à fait égoïste. Je ne veux pas dire qu’il y a de très bonne motivation du côté des paternalistes comme Pullman, mais on voit malgré tout que les actions qui sont entreprises sont entreprises vis-à-vis des salariés parce que les salariés connaissent les problèmes de misères, d’absences de vie communautaire, mais aussi parce que c’est bon pour l’entreprise. Sinon, ça ne se ferait pas, premièrement. Deuxièmement, cette protection est accordée à condition qu’elle se traduise toujours par de la dépendance, pas de possibilité de sortir de cette dépendance des locataires. Donc on voit bien que la fonction paternelle a un côté perverti, c’est une fonction de protection qui n’est remplie uniquement que par intérêt du patron paternaliste. Et enfin une fonction paternelle qui n’en ait pas véritablement une puisqu’elle ne permet pas à l’individu de se développer, de s’épanouir, d’acquérir une certaine indépendance, mais au contraire le maintient dans une situation de dépendance économique qui le tire vers le bas.
Voilà une forme de paternalisme développé, qui a été d’abord bien perçue car elle permettait de corriger les maux les plus criants de l’époque, la misère sociale. Mais la conséquence de l’échec de ce paternalisme est due à une mise en doute encore de l’autorité. Ce patron qui avait une autorité économique, ce patron qui se présentait comme le père de ces salariés, finalement il ne le faisait que par intérêt et deuxièmement parce que ça lui permettait de maintenir ces salariés dans la dépendance, donc doute vis-à-vis de la légitimité de ces comportements.
Donc, dans nos sociétés, il y a déjà un doute formidable face à toute autorité mais l’expérience paternaliste a fait naître un doute, une suspicion dans l’esprit des salariés, à accrue la suspicion vis-à-vis de toute forme d’autorité à cause finalement de ce côté pervertie de la relation établit par le patron paternaliste.

Deuxième forme d’autorité pervertie dans nos sociétés, c’est celle qu’on observe dans l’administration. L’origine est simple, on l’a trouve chez St Simon. Pour les gens à l’époque des lumière, pourquoi y aurait-il des problèmes dans la société ? Tout simplement parce qu’il y avait une grande place qui était donné aux individus. Pourquoi tel individu avait-il telle place dans la société d’Ancien Régime ? Parce qu’il était proche du Roi. Donc la subjectivité, jouait un rôle considérable dans les relations de pouvoir, dans les fonctions, etc., … parfois sans doute des injustices, certains qui occupaient ces fonctions n’étaient pas forcément les meilleurs. Mais on a conclu que finalement les meilleures façons de régler les injustices dans une société, (on a conçu que premièrement les injustices ne pouvaient venir que de la subjectivité) c’est de supprimer cette subjectivité. De quelle façon ? En donnant le pouvoir de manière tout à fait objective. Le pouvoir, les fonctions, vont être occupés après avoir passé un concours, les concours administratifs. Tout le monde est placé à la même enseigne, on fait la même épreuve, ect… Et puis c’est celui qui réussit les concours administratifs qui obtiendra la fonction. Et on va venir à considérer que si on pouvait supprimer tout ce qu’il y a de subjectif dans la société, on aurai la meilleure forme d’organisation de la société, et St Simon, le père de l’industrialisme disait que son objectif pour lui serait « de substituer au gouvernement des hommes l’administration des choses« , ça serait la société idéale. Au lieu d’être obligé de gouverner avec plus ou moins de continuité des hommes qui sont changeants, si on pouvait gérer de façon totalement objective cette société comme si les individus étaient uniquement des choses, ça serait le « summum ». Et bien l’administration se propose cet objectif, elle prétend tout encadrer dans ces règlements qui ont tout prévus, dans toutes les situations, etc., … Aucune attitude n’est laissé, puisque tout est prévue, et pour que ça « marche », il suffit d’appuyer. Mais le résultat a été bien montré par Crozet, la société devient sclérosé. Pourquoi ? Parce qu’il est impossible de tout prévoir. Inévitablement des problèmes vont se posés et l’administration est totalement incapable de faire face aux problèmes imprévus.
Par exemple le RMI, on vous indique une liste de conditions à remplir pour l’obtenir (il y en a 21). Quelqu’un se présente au bureau près du fonctionnaire, et dépose un dossier pour obtenir le RMI (on suppose que l’on est dans une petite ville où il y a une bonne connaissance des gens) et l’assistante sociale a parlé au fonctionnaire en question en disant « cette personne qui va se présenter cet après-midi, s’il y a une personne pour laquelle le RMI est fait c’est vraiment cette personne là« ).
La personne se présente, on examine le dossier, elle remplit les 20 conditions, mais pas la 21ème, et on lui dit finalement c’est pas possible.
Se présente quelque temps après, une personne qui arrive en Mercedes, qui n’a pas de problème particulier, remplit les 21 conditions, impossibilité pour le fonctionnaire de refuser d’inscrire cette personne comme bénéficiaire du RMI, ça serait une faute professionnelle grave. Le fonctionnaire n’a pas le droit de prendre des libertés vis-à-vis du règlement.
Donc, on aboutit à ceci face à des situations particulières, on est incapable de s’adapter, de donner finalement le RMI a celui qui en aurait véritablement besoin, et de ne pas le donner à celui qui même s’il remplit les conditions n’en a pas besoin. Encore une fois, parce que le règlement à tout prévu, il est impossible de prendre une quelconque liberté avec le règlement.

La conséquence de ceci, Crozet l’a montré, c’est que les administrations sont incapables de se réformer. Quand il y a un problème de rencontrer, même si on le sait, mais si les fonctionnaires sur le terrain le savent on ne peut rien faire, puisqu’on ne peut pas prendre de liberté avec le règlement. Le résultat c’est la sclérose, on va « dans le mur » en sachant parfaitement qu’on va dans le mur, en sachant en même temps qu’il est impossible de freiner la machine avant qu’on soit arrivé jusque dans le mur. Donc ici, perversion de l’autorité, parce qu’on a pensé que toute injustice disparaîtrait dans la société si on arrivait au fonctionnement le plus objectif possible, en éliminant toute subjectivité. Mais quand on élimine toute subjectivité, on voit un autre problème qui se manifeste : des tas de fonctionnaires qui sont recrutés, qui ont été très bon à la dictée, qui ont été très bon dans l’exercice de mathématique et qui sont un désastre sur le plan du fonctionnement de l’administration. Tout simplement parce que même dans une administration, il y a peut-être besoin de diriger une équipe, motiver ces troupes, la motivation ici tient de la personne, c’est quelque chose de subjectif. Quand des gens sont recrutés uniquement sur des critères objectifs, la capacité à faire un devoir en français, ou un exercice en mathématique, évidemment tout ceci est évacué. D’où vous le savez une certaine adaptation de l’administration française depuis quelque temps. Désormais dans les concours administratifs, à côté de ces épreuves obligatoires, il y a une conversation avec le jury qui a été introduite. Conversation avec le jury, avec un coefficient phénoménale. Ce qui fait que quelqu’un qui est très bon dans les épreuves écrites, mais qui a une mauvaise note avec le jury, est de toute façon recalé. Quelqu’un qui n’est pas très bon dans les épreuves écrites mais qui aurai une très bonne note dans les conversations avec le jury serait absolument sûr d’être pris. Ici on réintroduit la prise en compte de la personnalité. On essaye de voir ce que les gens « ont dans le ventre », vous avez compris la subjectivité n’a pas que des inconvénients.
Le problème est que bien souvent au moment de ces épreuves avec le jury, la franc-maçonnerie directement ou indirectement exerce son influence, donc ce qu’on cherche à ériger c’est non seulement des capacités des gens au niveau de leur personnalité mais finalement c’est aussi leur docilité vis-à-vis de l’idéologie franc-maçonne.

Pour terminer sur cette forme pervertie de l’autorité, on en ait venu à considérer qu’il y aurai autorité, dès lors qu’il n’y aurai plus aucune subjectivité. Dès lors qu’il n’y aurai plus d’individu on aurai en face de soi plus qu’un ensemble de règles, mais il n’y a pas d’autorité parce que justement contrairement à ce qu’on pourrait penser : plus il y a de règles, moins il y a d’autorité, moins il y a de règles, plus il y a d’autorité.

Je prends un exemple simple : dans un monastère il n’y a pas de règlement, il n’est pas écrit « il est interdit de courir dans les couloirs, il est interdit de faire du bruit après 10 h du soir, il est interdit de mettre la télévision à fond, etc., … » il n’y a rien de tout cela, simplement la règle de St Benoît. Finalement avec une seule chose, la règle fonctionne bien, donc il y a seulement de l’autorité et de la liberté. Au contraire, quand on pense qu’il y aura plus de liberté, plus de justice si on essaye de concevoir le règlement le plus étendu possible on aboutit finalement à étouffer complètement toute initiative, donc le côté déshumanisant, le côté sclérosant de l’administration.

Je pense que le développement de ces deux formes perverses d’autorité :

  • une autorité paternaliste qui finalement conduit à avoir des doutes sur toutes formes de légitimité,
  • une autorité au contraire désincarnée qui conduit là encore à mettre en doute toute forme d’autorité,

n’arrangent pas la situation de nos contemporains dans leur relation vis-à-vis de l’autorité.


Fin de la conférence


Annexe :

Dans la contestation de l’autorité (mai 68…), « il est interdit d’interdire », le rejet de l’autorité ou la contestation de l’autorité correspond en fait à une forme d’esprit, c’est une façon de maintenir l’autorité mais dans la limite dans ce qu’elle peut avoir de plus pervers. On sait qu’il n’y a pas plus conformiste que l’anti-conformiste, donc Freud nous montre que ceux qui contestent en permanence l’autorité sont des gens qui ont des doutes vis-à-vis d’eux-mêmes. Donc la contestation de l’autorité c’est un moyen qu’ils se donnent de s’affirmer eux-mêmes. En contestant l’autorité ça leur donne la possibilité de se prouver à eux-mêmes qu’ils existent. Mais le problème, c’est que si l’autorité qu’ils contestent disparaissait, ils n’auraient plus la possibilité de savoir qu’ils existent vraiment. Il y a cette phrase : « je vous conteste pour que vous n’existiez plus mais s’il vous plaît, existez le plus longtemps possible pour que je puisse continuer d’avoir la certitude que j’existe« .
Sur le plan psychologique, ou sur le plan de l’inconscient, on pourrait faire une analyse assez intéressante des relations qui existent entre les modernes et puis l’autorité, soit le rejet complet, soit la contestation y compris l’idéalisation, l’idée d’une société qui pourrait fonctionner absolument sans autorité, on pourrait sans doute faire une analyse intéressante, ce à quoi ça renvoi sur le plan de l’inconscience.


Questions

1ère question : Avez-vous des exemples plus récents de paternalisme ?

De paternalisme non, mais de maternalisme, oui.
« big mother » écrit par l’auteur Schneider, en montre les caractéristiques.
Vous connaissez le « big brother » de 1984 qui montre une société entièrement contrôlée par ce pouvoir « le grand frère » derrière l’écran de télévision. Cet auteur a montré que tout ceci est dépassé sur le plan technique mais aussi sur le plan du fonctionnement de la société. De nos jours le pouvoir dans notre société, ce n’est plus ce « big brother« , un peu carré, un peu répressif, etc. Cet auteur nous dit que le pouvoir dans notre société c’est « big mother« .

Pour comprendre cela, il faut faire référence à la différence entre l’amour paternel et l’amour maternel.
L’amour maternel est un amour inconditionnel, la mère aime son enfant parce que c’est son enfant, il a des défauts, il est débile, mais c’est son enfant, et elle l’aime.
Avantages et inconvénients :
Avantage : cet enfant sait qu’il pourra toujours trouver un secours, une aide, une compréhension auprès de sa mère. Même le criminel sait qu’en allant voir sa mère, il pourra trouver un secours, une aide, etc.

Par contre l’amour du père est un amour conditionnel, le père représente sur le plan du symbole le monde extérieur, la loi, l’ordre, le futur, alors que la mère représente la nourriture, le présent.
Donc le père a vis-à-vis de son enfant un amour conditionnel, ç’est à dire que l’enfant est aimé s’il fait ce que le père demande, ce que le père considère comme bien, c’est pour ça que le père représente la loi.
Avantages et inconvénients :
Avantage : on ne peut pas avoir l’amour du père simplement parce qu’on est son enfant, on ne peux pas se laisser aller à n’importe quoi et puis espérer conserver l’amour du père. On ne peux avoir l’amour du père que si on respecte la loi.
Inconvénients : c’est vrai que cet amour est inconditionnel dans une situation difficile on pourra peut-être trouvé compréhension, pardon auprès de la mère, ce qu’on ne trouvera pas auprès du père. Donc finalement dans une famille normal constitué d’un père et d’une mère, le fait que l’enfant puisse bénéficier à la fois de cet amour maternel avec les avantages et les inconvénients, et cet amour paternel avec les avantages et les inconvénients qui finalement se compense permet à l’enfant de se construire relativement bien.

Donc cet auteur Schneider montre que dans notre société moderne on n’a plus affaire à un « big brother » qui correspondrait à un amour paternel avec un cadre définit pour respecter les lois, ect…mais on aurait à faire à une « big mother« , c’est-à-dire à une forme d’amour maternel qui se répandrait dans notre société. Tocville montrait bien cela dans la conclusion de son bouquin sur la démocratie en amérique. Il disait finalement, l’Etat devient tout puissant, il présentait ce qu’on allait appeler « l’Etat providence ». C’est un Etat tout puissant car il intervient dans tous les domaines de la vie, il dirige notre industrie y compris tous nos plaisirs (distributeurs de préservatifs dans les cours de lycées, organisent des distributions de préservatifs gratuits, etc.). Il intervient dans tout, non pas pour nous contraindre mais pour faciliter tous nos plaisirs.
Pourquoi ?
Parce que des gens qu’ont poussent à céder tous leurs instincts à la facilité, ect… ces gens se trouvent dans une situation de dépendance totale vis-à-vis de cet Etat.
Donc on aurait un Etat à notre époque qui serait passer d’une forme paternelle, style « père fouettard » avec des avantages mais imposant des contraintes à un Etat qui prendrait une forme plus maternelle ou finalement toutes les perversions, toutes les faiblesses des individus seraient acceptées, comprises et même encouragées. Soljenitsyne disait on contrôle bien plus une société avec le libre cours donné à la pornographie qu’avec des miradors. On retombe sur St Bernard qui disait que le principal ennemi de l’individu c’est ….
Dans notre société on va vers cette forme de contrôle mou, gentil, toujours sous couvert de bienveillance, de compréhension. Par exemple lors d’un accident, d’un carambolage, on met tout de suite en place une essaimée de secours psychologiques, c’est ce côté maternalisant, infantilisant qui se développe de plus en plus.

2è question :

Tocville disait : »l’Etat pourvoi à notre industrie, à nos plaisirs, en couvrant la société d’une multitude de lois ».
Cette multitude de lois avaient pour but d’empêcher les volontés de s’exprimer, les énergies de se manifester, les personnalités de dépasser le niveau moyen.
Le but de toutes ces mesures n’est pas finalement d’aller à l’encontre des libertés individuelles puisqu’on le voit, ce qu’il y a de pervers est toléré mais aussi encouragé, mais il s’agit d’homogénéiser, de rendre tout ce qu’il y a d’original, de personnel, d’empêcher l’émergence de ceci. Tocville disait que l’Etat empêche de naître, il empêche les volontés de se diriger vers les sommets, de dépasser les simples plaisirs vulgaires.

3è question :

Dans notre société, les conséquences de l’individualisme qui empêche d’être au clair avec cette question d’autorité, c’est tout à fait ceci : à partir du moment ou l’individu fonctionne de lui-même et pense trouver la vérité en lui-même, il n’existe plus de vérité, il n’existe que des différence d’opinion.
Donc en conséquence, dans une société individualiste, où tout part de l’individu, où les liens, les solidarités sont rejetés, plus de vérité à laquelle se référer, plus de bien commun qui peut être reconnu par tout le monde. On ne voit donc pas ce qu’une autorité viendrait faire ici. Un élément de plus, qui explique les difficultés de notre monde avec cette autorité. Comme je le disais tout à l’heure, on ne peut fonctionner sans autorité. Par exemple, dans le monde de l’entreprise cela ne pose pas de problème, on sait qu’on est tous là, il faut gagner de l’argent, pour gagner de l’argent, il faut que l’entreprise elle-même gagne de l’argent, la démocratie dans l’entreprise ça n’existe pas. Les plus grands démocrates n’ont jamais proposé d’instaurer la démocratie dans l’entreprise. De la même façon, l’autorité dans l’entreprise n’est pas vraiment contestée parce qu’on a un bien commun très réduit qui existe, il faut que l’entreprise fasse du profit, il faut qu’elle puisse continuer à fonctionner, donc là on accepte certaines forme d’autorité.

4è question :

Les grandes entreprises ont tendance à fonctionner comme les administrations, dans lesquelles on observe des dérives bureaucratique, mais dans une véritable administration, fonction publique c’est quasiment impossible.

5è question : Concernant les exemples d’autorité qui fonctionnaient, comme celui de l’accident ou celui des moines, le bien commun était visible, or à l’heure actuelle, qui voit encore le bien commun ? Qu’est-ce qu’il vaux mieux restaurer en premier ? La notion du bien commun pour tout le monde, pour qu’il voit qu’elle autorité est la bonne? Ou restaurer l’autorité qui étant vertueuse redonnera le bien commun ?

Difficile de répondre. Selon Soljenitsyne, au point où on en ait arrivé, les problèmes que l’on rencontre dans notre société sont finalement le signe d’une véritable crise de civilisation, une révolution spirituelle qui pourrait permettre de remettre l’ensemble de la société ou de la civilisation sur ces pieds.
Alors c’est vrai, les moyens pour opérer cette révolution spirituelle sont limités, d’autant plus que notre sphère d’actions à chacun est limité, mais sans une remise en question complète de notre conception de la vie, de la société, etc.,… je ne vois pas comment on pourrait éviter cet espèce de fuite en avant, il me semble que sous le développement de cette « big mother« , c’est une façon de supprimer un certain nombre d’inconvénients qu’on avait dans cette société de « big brother » mais finalement pour se trouver confronter sans doute à des problèmes encore plus importants, une fois que cette « big mother » sera devenue plus omniprésente.

6è question :

L’histoire est riche d’enseignements, on a démontré dans l’histoire de l’Antiquité que les conséquences des dérives de la démocratie, c’était finalement le laxisme et la décadence, qui a entraîné inévitablement l’apparition d’une dictature. Une dictature où on n’a plus affaire à l’autorité mais au totalitarisme, ici c’est la contrainte qui est omniprésente qui existe. Face à la violence, en effet, il peut y avoir ce recours à un pouvoir très fort où à la contrainte, ça ne veux pas dire que l’autorité est restaurée.


Mes connaissances concernant la Russie sont trop limitées, mais je me pose quand même des questions sur cette Russie.
Premièrement, il y a une telle habitude dans la population, dans le pouvoir fort, dans le pouvoir omniprésent que comme la nature a horreur du vide, comme le vide créé à susciter d’énormes problèmes économiques,…c’est peut-être le rite vers une aspiration à un pouvoir temporel.
Cette table rase qui a eu en Russie, ce que les américains essaient de faire un peu partout à l’heure actuelle dans le monde. Les américains ont insistés très lourdement en Russie, ils accordaient des crédits à conditions que soit autorisé les sectes en ex-URSS. Rôle de l’Eglise qui n’a pas empêché la porte ouverte aux sectes.
A l’heure actuelle, on assiste à la même chose, mais à Singapour. Les américains sont entrain de faire des pressions énormes sur les autorités de Singapour, en disant : « vous avez des problèmes économiques qui pourront être réglés, on vous soutiendra, si votre société devient plus ouverte, donc cela veut dire fonction publique ouverte aux homosexuels.
Donc on voit qu’à chaque fois qu’une libéralisation nous est proposée, il s’agit toujours de permettre à la franc-maçonnerie, de permettre aux sectes, de permettre à la révolution sexuelle d’avancer un petit peu plus.
En URSS, la porte qui a été grande ouverte aux sectes, à la mafia a suscitée de tels problèmes, qu’on a eu recours à l’autorité ce n’est pas étonnant.


En ce qui concerne l’aspiration à l’autorité, je dirais deux choses :

  • premièrement cette aspiration est saine, légitime puisqu’il n’y a pas de société possible, d’unité possible dans une société sans autorité.
  • mais en même temps certains auteurs ont montré que l’autorité c’est quelque chose qui existe mais qui relève aussi de l’imagination.

Dans l’exemple de l’accident, où il y a quelqu’un qui dit faites-ceci, faites-cela, on le fait car on se dit celui-là il s’y connaît. Mais finalement il n’a pas forcément une si bonne vision de la réalité, il n’a pas forcément une autorité aussi bonne qu’on voudrait le croire. Donc l’autorité, elle est tellement nécessaire dans notre société, qu’on éprouve aussi le besoin de croire à l’autorité, parce qu’en y croyant cela permet de croire à une certaine permanence des choses, et pour faire quelque chose dans la vie, on a besoin de ce critère de durabilité, on a besoin d’imaginer que les choses vont pouvoir durer.

Donc dans le cas de la Russie, je ne sais pas si dans un pays aussi bouleversé, déstructuré,
– premièrement du fait des traditions, il n’y a pas d’assez de recours normal de volonté à avoir un pouvoir plus fort,
– deuxièmement, est-ce que l’aspiration à un pouvoir plus fort ne correspond pas également à une façon de se rassurer, on se disant finalement, s’il y a autorité, il y aura forcément quelque chose qui sera solide, qui va durer, etc., … et qui sera rassurant pour moi.

Pour l’enfant, il peut se développer de façon saine, sereine, etc., … parce qu’il se sent totalement en sécurité quand il est main dans la main avec son père ou sa mère. Son père est le plus fort du monde, et sa mère la plus gentille, et puis en grandissant il s’aperçoit que c’est faux…
Ici, le côté imagination joue peut-être un rôle, et ce n’est pas critiquable.

7è question : Question sur la légitimité de l’autorité, que dire dessus ?

Toute autorité est légitime dés lors que celui qui a autorité poursuit le bien commun.
Le grand doute sur la légitimité a été introduit lors de la Révolution française, et il a été entretenu par les dérives de type paternaliste, quand les salariés s’aperçoivent que le patron qu’on croyait si gentil, animé de si bonnes intentions, faisait tout cela d’abord pour son entreprise et son chiffre d’affaire. C’est vrai qu’il a fait des choses, mais cette autorité n’est pas légitime, pourquoi ? Parce qu’elle n’est pas au service du bien commun. Donc le doute s’installe.
Dés lors qu’il n’y a plus de vérité reconnue dans une société, dés lors qu’il n’y a plus de bien commun reconnu par tout le monde, il y a doute systématique. Dans les scandales politicaux financiers, comment ne pas s’étonner de voir le doute sur la légitimité ?

La seule façon de rétablir l’autorité dans ses prérogatives, de permettre à l’autorité de remplir son rôle c’est que cette autorité soit reconnue comme légitime.

8è question : En mai 68, nos sociétés valorisent le rejet de l’autorité. Sommes-nous les seules sociétés où cela a existé ? Cohn Bendit, gagne beaucoup plus que des gens honnêtes, on peut donc dire que c’est devenu un système.

Tous ces contestataires de mai 68 se sont parfaitement reconvertis dans notre société, ceux qui contestaient l’éducation national, sont devenus inspecteurs généraux de l’éducation national.
Il y a donc une formidable capacité de la société a finalement utilisé la contestation au service du fonctionnement de la société.
On peut faire un parallèle avec la situation économique.
Par exemple, regardez avec quelle faveur José Bové est accueilli par les médias, ses paroles sont paroles d’évangile, lorsqu’il est en prison on s’empresse d’aller le libérer pour qu’il puisse faire des discours, mobiliser des militants, etc., …C’est un peu étonnant. D’autant plus qu’on sait très bien que les gens gênants ont aucun accès aux médias, ont leur donne aucune possibilité de s’exprimer, donc la société pour ce genre de personne s’arrange pour qu’elle n’ait plus d’existence. Donc si José Bové est si bien accueilli c’est que finalement il ne pose pas de problèmes à la société.

Pour quelles raisons ?
En voici une, les économistes en particuliers Schom Peter a montré que le dynamisme du capitalisme venait de sa capacité d’innovation par rapport à ce que l’on a dans une économie administrée. Et il définit l’innovation comme de la destruction créatrice, à chaque fois qu’on innove on commence par détruire.
Par exemple, on va introduire l’informatique dans toutes les entreprises, du coup on n’a plus besoin de ces aides-comptables du service paye parce que tout est informatisé, donc il y a des emplois qui sont détruits, mais en même temps d’autres vont se créer avec l’informatique. Est-ce que la société n’a pas intérêt à favoriser la destruction ? Parce que en détruisant cela permet de faire table rase pour mettre autre chose à la place.
L’exemple de la crise économique de 1973 : dans une société de consommation on est parvenu à un taux d’équipement des ménages en bien de consommation durable qui est extrêmement élevé. Auparavant, c’était la production de masse pour la consommation de masse, il fallait tourner à fond parce que chaque français, ou chaque membre d’une société moderne espérait accéder à ces biens mythiques tel que la voiture, le téléviseur, etc., … donc on était près à travailler beaucoup, à accepter des conditions de travail parfois difficile pour accéder à ces produits. Mais quand les ménages sont équipés en automobile, en téléviseur, etc., … pourquoi les gens vont-ils travailler ? Donc on n’a plus affaire qu’à un marché de renouvellement, on ne peux vendre des téléviseurs, ou des automobiles que si les anciens cèdent. Mais comme ça une durée de vie relativement importante, le marché de renouvellement est très faible, la seule possibilité, c’est de créer de l’usure artificiel qu’on appelle de l’obsolescence, on propose des modèles d’automobiles avec des tas d’innovation, et au bout d’un moment, la personne qui a sa R21 ne peux plus la voir en peinture, car elle n’est pas d’ABS, etc., …

G. DEBOT

Conférence du 20 novembre 2003.

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