Mondialisation et délocalisation

Mondialisation et délocalisation des emplois

Introduction

Le débat actuel sur la mondialisation est souvent mal posé. Il ne s’agit pas tant de prendre parti pour ou contre le développement des échanges au niveau mondial que de réfléchir sur les conditions de cette “ planétarisation ” économique, sociale, culturelle, voire politique.

La réflexion doit porter en premier lieu sur les conditions des échanges économiques et de leurs conséquences sociales. C’est l’objet de notre colloque qui pose la question de savoir si la globalisation de l’économie entraîne une globalisation du chômage.

Je vais essayer pour ma part de répondre à une partie de la question en réfléchissant au rapport entre la mondialisation des échanges et la délocalisation des emplois.

Après avoir rappelé, succinctement les différents aspects de la mondialisation des échanges (I) j’essaierai de décrire les dérives les plus graves de cette mondialisation que l’on peut qualifier globalement d’anarchie économique (II). Nous verrons alors plus clairement les conséquences très néfastes qui en découlent pour l’emploi : les délocalisations (III). Enfin, je proposerai quelques pistes de réflexion pour tenter de rechercher des solutions appropriées (IV).

I – Différentes caractéristiques de la mondialisation des échanges
En quoi se caractérise la mondialisation des échanges sur un plan économique et commercial ?

1.  La première caractéristique qui en est d’ailleurs une des causes, ou au moins un des facteurs accélérateurs, est l’assouplissement voire la suppression pure et simple des barrières douanières.

Ces zones de libre échange s’organisent d’abord à l’intérieur de groupes d’Etats, puis petit à petit entre régions ou continents pour conduire à terme à une totale liberté des échanges.

2.Deuxième caractéristique : l’accélération de la vitesse des moyens de communication, des transports et donc des échanges entre les pays.

A ce sujet, l’arrivée d’INTERNET est en train de planétariser les communications : les coûts et les difficultés d’utilisation de ce mode de communication étant réduits au maximum, toutes les familles de la terre pourront bientôt être reliées entre elles et démarchées à domicile instantanément.

3.Conséquence de ce que nous venons de dire :les modes de vie -voire de pensée- ont tendance à s’uniformiser au moins entre les pays développés des différents continents.

4.Autre caractéristique de la mondialisation des échanges : la rencontre -pour ne pas dire le choc- entre les pays riches, même très riches, à coût du travail élevé et à pouvoir d’achat très élevé et les pays pauvres ou très pauvres à coût du travail infiniment faible (en 1998, le coût horaire ouvrier moyen dans les industries mécaniques en Allemagne est de 25,40 euros contre 1,2 euros en Inde ou en Chine).

5.Des échanges commerciaux se développent aujourd’hui librement entre nations dotées de régimes démocratiques et des nations soumises à des systèmes totalitaires (marxistes ou islamistes).

6.L’accélération et la globalisation des mouvements de capitaux.

7.Enfin, dernière caractéristique et résultante de l’ensemble des points précédents, nous assistons à une exacerbation de la concurrence et à l’effondrement des prix industriels sur l’ensemble de la planète.

II – les dérives actuelles des conditions du développement des échanges commerciaux internationaux

Les échanges commerciaux à travers le monde se développent de façon de plus en plus anarchique. On a parfois le sentiment qu’au nom d’une liberté mal comprise, le droit du plus fort préside aux relations économiques et sociales internationales.

La recherche de résultats économiques et financiers toujours meilleurs semble justifier aujourd’hui l’exploitation maximale de salariés dont seules les capacités de production sont prises en compte. Les conséquences de ce mode de fonctionnement sont aujourd’hui bien connues et médiatisées : elles s’appellent dumping social, contrefaçon, dumping écologique.

La pratique du dumping social n’est même plus taboue, malgré les dénonciations réitérées du Bureau international du travail tant sur les conditions d’emploi que sur l’âge des salariés, la durée du travail, la protection sociale, l’hygiène et la sécurité. Certains pays se font même les champions du travail forcé (terme pudique contemporain désignant l’esclavagisme) comme le Pakistan (20 millions de prisonniers travailleurs) ou l’Inde (15 millions) ou la Chine (statistiques floues…). Faute de réactions sérieuses de la part des Etats et des organisations internationales, les entreprises se trouvent directement concurrencées par des « néo-esclavagistes »qui peuvent en toute liberté inonder la France et l’Europe de leurs produits.

Autre conséquence : le règne officiel de la contrefaçon et de la piraterie.

Hors du monde occidental, de très nombreux pays ont bâti par la contrefaçon une véritable industrie concurrente et ce, spécialement dans le Sud Est asiatique, mais également dans les pays de l’Est de l’Europe (exemple : le marché de la pièce détachée automobile en France est actuellement inondé de produits contrefaits en Pologne et dans d’autres pays de l’Est). Cette concurrence déloyale représente aujourd’hui 5 % du commerce mondial (500 milliards de francs) ce qui correspond par exemple en France à une perte annuelle de 30 000 emplois et ce, depuis plus de 15 ans. Les spécialistes en sont la Corée, Taiwan, Le Maroc, la Turquie, l’Inde, la Chine, la Thcülande, le Mexique. Tous les secteurs sont aujourd’hui touchés par cette nouvelle manière de concevoir la concurrence (produits de luxe, jouets, montres, sport, audiovisuel, logiciels, etc.). (1)

Là aussi, les Etats faisant preuve de laxisme ou d’impuissance, laissent inonder leurs marchés de produits contrefaits, par une politique irréfléchie d’ouverture des frontières. Finalement seules les entreprises européennes sont étroitement surveillées et parfois même fortement condamnées par la réglementation communautaire et se retrouvent sans défense et invitées à se protéger elles mêmes !…

Ceci pose au moins deux questions : cet économisme pur et dur qui bride la création et le maintien d’emplois dans les sociétés occidentales assurera-t-il pour autant la prospérité des pays émergents ? Cette marche vers la prospérité économique annoncée repose-t-elle sur un mode de développement sain, harmonieux et responsable ?

Le Dumping écologique est une manière plus astucieuse de concurrencer de façon déloyale les pays occidentaux. En effet, la réglementation imposée aux entreprises européennes est de plus en plus contraignante, coûteuse, décourageante et souvent injustifiée.

Dans le même temps, les pays non européens et en particulier les plus pauvres du tiers monde ne sont soumis à aucune réglementation dans ce domaine. D’où l’intérêt pour les entreprises d’organiser leur production dans les pays où les coûts seront moindres.

Comment réagissent les organisations internationales devant cette situation ? Pour l’instant les réactions semblent très insignifiantes. C’est un des problèmes majeurs qu’il faudrait résoudre. En revanche les organisations européennes, je parle de celles qui décident à Bruxelles au nom des Etats européens, réglementent, normalisent, encadrent, sans se soucier des surcoûts pour les entreprises européennes qui seules sont soumises à ces directives. Ainsi par exemple, la “ directive machine de Bruxelles ” imposant aux entreprises industrielles une mise en conformité de l’ensemble de leur parc machines a coûté 25 milliards de francs à la seule profession de la métallurgie française !

III – Les conséquences sur l’emploi : les délocalisations

L’une des conséquences directes des dérives de la mondialisation des échanges est la délocalisation des emplois mais également la dégradation générale des conditions d’emploi. Le constat peut en être fait tant dans les pays développés que dans les pays en voie de développement, l’ensemble de ce mouvement créant un déséquilibre croissant entre ces deux types de pays.

1. Les conséquences dans les pays développés

Dans les pays développés, en particulier en Europe occidentale, on constate la multiplication des licenciements économiques, le développement des délocalisations, et le durcissement des relations entre les entreprises, enfin la dégradation des relations humaines.

C’est un lieu commun de rappeler que les licenciements collectifs se sont multipliés en France et en Europe depuis 15 ans. Pour le seul secteur du Textile, un rapport du BIT confirme que la mondialisation de la production a décimé l’emploi de nos pays développés. II a diminué entre 1970 et 1990 de 49 % en France et augmenté au cours de la même période de 600 % en Malaisie, 334 % en Indonésie, 137 % en Corée, et la Chine emploie environ 5,5 millions de salariés aujourd’hui dans le textile. Le BIT précise que le travail des enfants y est largement répandu dans ces pays.

Au delà du textile, c’est toute l’industrie et par conséquent, le savoir faire français et européen qui par pans entiers sont touchés : électronique, mécanique, jouet, horlogerie, etc. Lors de la dernière réunion du G7 à Lyon, on a pronostiqué que la France ne ferait sans doute plus partie des 7 pays les plus industrialisés en l’an 2000.

Enfin, aux licenciements économiques il faut ajouter la précarisation de l’emploi avec le développement du temps partiel, du travail temporaire, à domicile, et des “ petits ateliers ”pour ne pas dire du travail clandestin.

Face à ces différentes formes de concurrence déloyale (course aux bas salaires, dumping social, écologique, etc.) et pour éviter de disparaître, nos industriels en sont alors réduits à ne plus envisager qu’une solution : la délocalisation partielle ou totale de leurs productions. Les pays où les charges pour les entreprises sont les moins fortes constituent en effet leur seule chance de survie.

Chronologiquement on commence par délocaliser la fabrication de certains composants et on continue à assembler en Europe puis toute la production est délocalisée et on ne conserve en Europe que la conception et la commercialisation.

Les délocalisations sont soit européennes (Portugal, Grande Bretagne) soit hors C.E.E. (Pologne, République Tchèque) ou encore mondiales (Maghreb, Inde, Tiers monde).

Ce mouvement représente, uniquement en France, plusieurs millions de salariés perdus au cours des 15 dernières années. Enfin, ajoutons que certaines délocalisations à l’intérieur de l’Europe comme au Portugal) s’accompagnent parfois d’aides de Bruxelles !… (Rapport Chavannes . A N France). Ingérence de l’administration de Bruxelles dans la souveraineté des Etats membres en violation du fameux principe de subsidiarité qu’elle invoque fréquemment mais semble appliquer à l’envers. Autre exemple : c’est Bruxelles qui a censuré (e plan textile français lequel avait pourtant permis d’interrompre l’hémorragie des emplois dans ce secteur fortement sinistré par de nombreuses formes de concurrence mondiale déloyale.

La concurrence est tellement exacerbée aujourd’hui, que les grands groupes industriels sont souvent conduits à licencier alors même que leur situation est bonne sur le plan économique et financier : la nécessité de conserver leur compétitivité internationale les contraints à augmenter encore leurs gains de productivité.

Les rapports entre grands donneurs d’ordres français -ou installés en France- et leurs sous-traitants tendent à ressembler à des relations de “ maîtres à esclaves ” selon l’expression utilisée parfois au sein même du patronat pour qualifier ce type de relations : les nouveaux maîtres imposent ainsi unilatéralement et sans délais à leurs fournisseurs des baisses de prix de 20 à 30 % en menaçant de les radier des listes de leurs sous-traitants.

Le risque de ce type de comportement est la disparition à terme de nombreux soustraitants et donc de nombreux emplois en Europe.

Le développement d’une nouvelle culture “ mondialiste ” au sein des grandes entreprises fait naître chez les cadres et salariés nationaux le sentiment de ne plus travailler pour leurs pays, voire de travailler contre lui.

La direction d’un grand groupe international de la construction électrique a, par exemple, donné comme mot d’ordre à toutes ses filiales de développer l’idée suivante auprès de tous ses salariés : “ nous sommes tous apatrides ”… Comment le citoyen d’un pays peut-il devenir apatride pendant le temps de son travail et redevenir un citoyen responsable lorsqu’il reprend ses activités sociales ?

L’exacerbation de la concurrence entraîne une baisse très nette des salaires d’embauche, la précarisation des situations des jeunes cadres, la diminution des avantages sociaux et parallèlement, en particulier chez les jeunes de tous niveaux, une perte d’attachement et de confiance envers leur entreprise avec la tentation très forte de s’expatrier. En ce qui concerne en particulier la France, la tentation est déjà devenue en partie réalité : beaucoup de jeunes français partent aux Etats-Unis ou au Canada.

2. Les conséquences pour les pays en voie de développement

Les tenants du pur libéralisme professent que la délocalisation des emplois est une chance exceptionnelle pour les pays pauvres dont les populations trouvent ainsi des emplois accompagnés de la hausse progressive de leurs compétences mais également de leur niveau de vie.

Ce raisonnement purement théorique doit malheureusement laisser place au triste constat élaboré par le bureau international du travail qui croule sous des statistiques nombreuses et identiques : l’absence de toute réglementation du travail et de toute protection sociale dans la plupart de ces pays conduit au développement d’une exploitation quasi illimitée des salariés auxquels sont imposées des conditions de travail insupportables (âge des enfants, durée du travail, représentation du personnel, rémunérations, etc.). C’est en fait l’émergence d’un néo-esclavagisme notamment par le développement du fameux “ travail forcé ”.

Vers des re délocalisations.

La réserve de main d’oeuvre est telle dans l’ensemble que l’on appelle le tiers monde que de nouvelles délocalisations commencent à s’organiser : il est souvent possible d’employer des salariés acceptant des conditions d’emploi encore moins coûteuses pour les entreprises.

Si le coût horaire moyen d’un ouvrier en 1998 est de 23,6 euros en Autriche, il n’est que de 4,6 euros en Corée mais seulement de 1,2 euros en Inde.

En Chine, l’évaluation est très difficile et ce pays recèle de telles possibilités de main d’oeuvre que les délocalisations peuvent pratiquement se multiplier à l’infini.

Les limites de ce mouvement sont certes la qualification de la main doeuvre, les conditions de transport et également parfois la sécurité politique. Mais à ce sujet, il faut noter que la mondialisation des échanges met en évidence une certaine “ alliance objective économique ” entre les entreprises de pays développés qui peuvent faire appel aux salariés de nations soumises à des régimes totalitaires (marxistes ou islamistes) qui garantissent une forte limitation des revendications sociales (notamment sur le plan des rémunérations).

3. Un déséquilibre croissant

La délocalisation des emplois se caractérise par un déplacement vers les pays pauvres des emplois non qualifiés, emplois de base qui jusqu’à présent étaient encore localisés en Europe occidentale notamment et parallèlement une augmentation du niveau de qualification des emplois maintenus ou développés dans les pays riches. Cette dichotomie a trois conséquences :

• Dans les pays pauvres, on propose surtout des emplois sans formation nécessaire, d’où l’exode et l’émigration des cadres et salariés de formation supérieure de ces pays vers les pays riches.

• Dans les pays riches, on exclue de fait de plus en plus de salariés dont les compétences ou même la formation de base sont insuffisantes et pour lesquels aucun emploi ne sera plus jamais accessible (d’où par exemple en France l’incompressible bloc de près de 3 millions de chômeurs alors même que l’Industrie française commence à manquer cruellement d’ouvriers qualifiés).

• L’augmentation en direction des pays européens de culture chrétienne de flux migratoires de populations en grande partie de culture islamique crée un réel danger d’affrontement social et politique pouvant conduire à des dérives extrémistes incontrôlables.

IV – Quelles solutions ? Quelques pistes

Il serait prétentieux d’affirmer connaître les solutions pour résoudre un problème aussi complexe mais il faut en même temps rappeler qu’il est non seulement possible mais indispensable de rechercher des réponses : il n’y a pas aujourd’hui comme il n’y a jamais eu dans le passé de déterminisme économique, social ou politique. Ni la désindustrialisation des pays développés, ni la paupérisation du tiers monde, ni même la suprématie de l’économie ne sont inéluctables. II faut donc réfléchir à trouver des solutions.

La première réflexion à développer concerne, à mon avis, la notion même de libéralisme économique en la rapprochant de celle de libre concurrence. Ensuite, il convient de réfléchir à la place du pouvoir politique par rapport au monde de l’économie. Enfin, i) faut renforcer le rôle des organismes internationaux en vue du développement d’une véritable régulation des échanges commerciaux.

Libéralisme économique ou liberté de concurrence ?

Les tenants du pur libéralisme n’acceptent pas qu’une quelconque entrave (politique, morale, sociale) vienne freiner, voire empêcher le développement d’échange commerciaux. Les ultra libéraux sont convaincus que, finalement, un équilibre s’établira de lui même et que les coûts salariaux, les conditions de travail, les prix des produits finiront par se rejoindre.

L’expérience prouve aujourd’hui le contraire mais face à cette erreur, il ne faut pas se contenter de simples correctifs en proposant d’adjoindre à cette ouverture totale des marchés de simples clauses sociales.

Cela a été la position de la France et de certains pays d’Europe lors des rencontres de l’organisation mondiale du commerce. Clauses sociales pour empêcher les excès de l’ultra libéralisme dans ses conséquences sur le plan humain.

La riposte des ultra libéraux ne se fait alors pas attendre : “ ne mélangeons pas les problèmes sociaux et les problèmes économiques ”. Les clauses sociales apparaissent en effet comme des entraves artificielles au libre fonctionnement du marché. II faut donc apporter une autre réponse aux tenants de l’ultra libéralisme en approfondissant la notion même de liberté du commerce, de liberté des échanges ou de libre concurrence. La liberté des échanges implique par nature un réel respect de la liberté : liberté des consommateurs d’acheter les produits qu’ils préfèrent mais aussi des producteurs de fabriquer et de vendre sans subir de concurrence déloyale, donc avec les mêmes chances au départ. Peut-on alors affirmer qu’il n’y a pas de concurrence déloyale entre deux pays dont les règles du jour ne sont pas les mêmes ?

Peut on affirmer par exemple qu’il n’y a pas concurrence déloyale entre un pays occidental qui respecte des minima salariaux, une certaine protection sociale, des conditions de travail respectant au mieux (e salarié en tant que personne et un pays où les coûts purement salariaux n’existent pratiquement pas puisque les salariés n’y sont que très peu payés, voire pas du tout, comme le rappelle le bureau international du travail lorsqu’il dénonce le travail des enfants ou des prisonniers ?

II faut donc rétablir les conditions d’une concurrence loyale en fixant des règles du jeu minimales entre les différents Etats qui développent des échanges commerciaux. Pourquoi trouve-t-on normal de fixer les règles du jeu pour une libre concurrence en interdisant la contrefaçon et hésite-t-on à fixer des règles du jeu concernant la question, o combien plus grave, des conditions d’emploi (âge des salariés, durée du travail, salaires, protections sociales, voire représentation professionnelle, retraite, etc.) ?

Redonner sa place au domaine politique

La question se pose alors de savoir comment fixer ces règles du jeu communes et également de savoir qui doit les fixer. Derrière cette question se profile une autre interrogation : comment les principes démocratiques peuvent-ils être respectés si les gouvernements des Etats n’exercent aucun pouvoir sur la régulation des échanges commerciaux ? II est clair que l’on ne peut prétendre respecter les droits fondamentaux de (a personne humaine sans respecter le droit des nations à fixer ensemble et souverainement par conventions internationales les règles sociales minimales que chaque Etat se doit de respecter dans les échanges commerciaux.

Laisser une autonomie complète au marché au nom de la liberté économique conduit en effet inéluctablement à une véritable dictature de ce marché. La conséquence mécanique en sera l’aggravation des conditions de travail dans les pays développés sans amélioration de la situation sociale des pays pauvres.

Quel rôle confier aux organismes internationaux ?

II existe de nombreux organismes internationaux comme l’Organisation des Nations Unies, l’Organisation Internationale du Travail ou l’Organisation Mondiale du Commerce dont les missions semblent parfois se croiser et se développer de façon autonome les unes par rapport aux autres.

II faut donc repenser le rôle de chacun de ces organismes mais surtout leur coordination afin de permettre aux nations d’établir des conventions internationales du même type que celles existantes pour combattre par exemple la contrefaçon et la piraterie.

Chaque Etat par l’intermédiaire de ces organismes internationaux doit participer à l’établissement de règles du jeu communes destinées à empêcher ou au moins réduire au maximum les discriminations de concurrences dues au dumping social.

II est nécessaire que les Etats qui souhaitent acheter et vendre, échanger avec d’autres Etats soient tenus de respecter ces règles du jeu « sociales » comme ils sont aujourd’hui tenus au respect de l’ensemble des règles commerciales en vigueur. II faut prévoir des sanctions pouvant aller jusqu’à la mise à l’écart sur le plan économique des Etats ne respectant pas ces lois de la libre concurrence. Des sanctions économiques sont actuellement appliquées à l’encontre de certains Etats pour des raisons politiques. Ne peut-on appliquer des sanctions de même type contre les Etats qui, par exemple, pratiquent le travail forcé à l’encontre de millions de personnes ?

Les désordres économiques et sociaux du monde actuel ne peuvent être combattus efficacement que par la conjonction et la coordination, au sein de ces organismes internationaux des volontés politiques des états.

V – Conclusion

En conclusion, je dirai simplement que si aucune régulation n’est organisée de façon sérieuse au niveau mondial, le déséquilibre actuel entre pays développés et pays pauvres risque de s’accroître et les délocalisations des emplois ne cesseront d’augmenter.

En effet, les conditions sociales des salariés des pays développés auront tendance en moyenne à diminuer (protection sociale, retraites, rémunérations) tandis que le niveau de vie et la situation sociale des salariés des pays pauvres ne s’améliorera nullement. L’écart entre les coûts du travail depuis 10 ans non seulement ne diminue pas entre les deux types de pays mais ne cesse d’augmenter (par exemple : entre 1985 et 1995 le coût horaire ouvrier est passé en Allemagne de 48 F. à 159,60 F. tandis que celui du Sri Lanka est seulement passé de 1,40 F. à 2,25 F (2). Cet écart croissant favorise encore les délocalisations.

Nous vivons aujourd’hui au niveau mondial ce que nous avons vécu au XIXème siècle en France, en particulier avec la révolution industrielle : le libéralisme en vigueur prétendait que la seule liberté de l’offre et de la demande résoudrait les problèmes sociaux, refusant toute régulation par les corps intermédiaires détruits par la Révolution française. Cet entêtement a engendré les conséquences que nous connaissons : deux siècles de luttes sociales et politiques générant dans le monde les totalitarismes les plus sanglants.

II faut tout mettre en oeuvre pour éviter de voir, demain, se renouveler au niveau mondial le même type de scénario.

II faut donc réfléchir sereinement et rapidement à la création au niveau mondial de véritables corps intermédiaires régulateurs des échanges commerciaux.

Je me réjouis de cette réunion d’aujourd’hui qui prouve, si besoin était, toute l’importance que l’Eglise accorde à cette question capitale pour l’avenir de l’Homme et de l’Humanité, question déjà abordée par la Commission Justice et Paix française dans sa dernière réflexion sur la maîtrise de la mondialisation.

(1) Commission d’enquête sur les délocalisations àl’étranger – Assemblée Nationale de la République Française – Décembre 1993 (2) Source U.S. News et World Report 23.9 – Voir tableau ci-joint

Conférence du 13 avril 2000.

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