Louis de Bourbon : « La France doit rester unie et se regrouper autour des fondamentaux »
23 janvier
2019
À la suite de la messe célébrée le
dimanche 20 janvier, le prince Louis, duc d’Anjou, chef de la Maison de
Bourbon, a accepté de répondre à quelques questions.
Monseigneur, vous avez commémoré le
21 janvier ? Que signifie cette date, pour vous ?
Chaque
année, en principe, j’assiste à une ou plusieurs cérémonies organisées à la
mémoire du roi Louis XVI. Je maintiens ainsi une tradition qu’avant moi mon
grand-père et mon père avaient tenu à respecter. Savez-vous que c’est mon
grand-père qui, en 1972, a souhaité qu’une messe annuelle ait lieu à la
chapelle expiatoire ? Jusqu’alors, seule la nécropole de Saint-Denis avait une
cérémonie tous les ans. Ces messes sont célébrées en communion avec de très
nombreuses autres dans toute la France et à l’étranger.
Cette date,
pour moi comme pour tous les Français, est très importante car elle marque une
rupture dans la tradition politique de notre pays. En assassinant le roi, c’est
la tête de la France qui était atteinte encore plus que celle d’un homme.
Depuis,
l’équilibre politique est instable. Après les huit siècles de royauté, comptez
les régimes qui ont suivi : cinq républiques, mais aussi deux empires, un État,
des formes parlementaires de monarchie comme celle de Louis-Philippe. Et chacun
de ces régimes, souvent, a connu des phases multiples. Tout cela est éphémère.
Le pouvoir a besoin de la durée.
À cette
occasion, quel message voudriez-vous faire passer au peuple français ?
Actuellement,
les Français s’interrogent sur leur identité et leur avenir. Ils sont
confrontés à des enjeux extérieurs (mondialisation, par exemple) ou à des
périls (montée de l’islamisme). Pour les affronter, le pays doit être uni et
partager un même objectif, savoir ce qu’il est et savoir ce qu’il veut. Ainsi,
mon message est celui de l’espoir et du non-découragement. Il faut se regrouper
autour des fondamentaux : bien commun pour lutter contre les communautarismes
et les corporatismes ; justice pour que les plus faibles soient aussi entendus
; souveraineté afin que la France ne se fasse pas dicter ses lois par
l’extérieur. La France est un vieux pays qui a longtemps montré le chemin aux
autres. Elle ne peut se faire dicter ce qu’elle doit faire, surtout en ce
moment où le monde entier est en mutation.
À cette
occasion, de nombreux internautes et intellectuels ont ressorti quelques lignes
du testament de Louis XVI. Un document édifiant. Il dit notamment à son fils « si
vous avez le malheur de devenir roi »… Pour vous, que veut réellement
dire « être roi de France ? »
Etre comme
Saint Louis, juste ; être comme Henri IV, savoir faire la paix des cœurs ;
comme Louis XIV, avoir le sens de la grandeur du pays ; et comme Louis XVI,
savoir accepter le sacrifice s’il faut rester en accord avec son âme.
Vous avez la
double nationalité française et espagnole et vous avez eu une longue carrière
internationale. Envisagez-vous de vous rapprocher davantage de la France ?
Je ne suis
pas éloigné de la France. Je vis à l’étranger, c’est très différent. Comme vous
le savez, chaque fois qu’une autorité m’invite pour telle ou telle
manifestation culturelle ou sociale, je réponds favorablement.
On vous a vu
et entendu soutenir les gilets jaunes. Pourquoi ce soutien et en quoi vous
semble-t-il légitime ?
J’ai voulu
montrer une certaine solidarité avec tout le pays dont je voyais qu’il était en
souffrance. Il y a un ressenti d’une grande injustice en train de se développer
: d’un côté une fiscalité toujours plus forte, et de l’autre des services
publics et un niveau de vie en baisse, et cela, tant dans la France rurale que
dans les banlieues qui sont devenues, en certains endroits, des territoires de
non-droit. Est-ce sain ? Je ne le pense pas. L’intérêt du mouvement actuel est
qu’il est spontané, né de la distorsion entre une France légale et celle qui
vit dans la réalité du quotidien. Ainsi, des personnes de tous les horizons s’y
associent ou l’approuvent. La durée du mouvement montre sa légitimité.
Certains politiques, comme Benoît Hamon, parlent de « vacillement de la
République ».
En effet, la
crise des gilets jaunes semble avoir fragilisé la confiance des Français
vis-à-vis des institutions. Parallèlement, on sent un regain d’intérêt pour
votre parole, qui est reprise par les grands médias. Y voyez-vous un signe
quelconque ?
Les huit
siècles de royauté ont montré qu’il fallait savoir évoluer. Celle du XIIIe
siècle n’était pas celle de François Ier ou de Louis XIV. La royauté
n’était pas conservatrice. La république est une forme de gouvernement comme
une autre. Rien ne sert de s’attacher à un mot s’il perd de son sens.
Par
téléphone nous avons pu rejoindre le prince, le 21, juste après l’annonce du décès
du comte de Paris.
Monseigneur,
le prince Henri d’Orléans, comte de Paris, est décédé ce 21 janvier. Quel
message voudriez-vous adresser à vos lointains cousins ?
J’ai
immédiatement fait part de ma compassion. Je suis le chef de maison et mon rôle
est d’être présent dans les moments douloureux qui peuvent frapper les uns ou
les autres.
entretien
réalisé par Marc Eynaud
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