Contrairement à ce que l’on croit, la naissance de l’état civil français imposant la tenue de registres paroissiaux pour consigner les baptêmes, mariages et décès des Français n’est pas une création de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, prise par François Ier en 1539. Des registres sont déjà tenus dans de nombreux diocèses (en Bretagne, à Paris), lorsque le pouvoir royal décide de légiférer pour la première fois dans ce domaine.
Dès le XIVe siècle, il existe des registres ou plutôt des livres de comptes dans lesquels les curés notent les dons qu’ils perçoivent lors des mariages et des sépultures. Au XVe siècle, les registres sont tenus sur prescription ecclésiastique, afin de constater d’éventuels liens de parenté faisant obstacle à un mariage. Le plus ancien texte réglementaire de ce type est l’ordonnance de l’évêque de Nantes en 1406, qui exige l’enregistrement de tous les baptêmes. C’est également le cas des évêchés de Rennes en 1464, Besançon en 1480 ou Angers en 1504. L’évêque de Paris impose la tenue de registres de baptêmes, mariages et décès dès 1515 ; il justifie sa décision par l’observation du droit canonique en matière matrimoniale, pour lutter contre les mariages consanguins, l’inceste et le concubinage.
L’ordonnance de Villers-Cotterêts (août 1539) précise, dans ses articles 52 et 53, la façon dont les registres paroissiaux doivent être tenus et ordonne aux curés de les déposer chaque année au greffe du bailliage (ou de la sénéchaussée) auquel ils sont juridiquement rattachés. L’ordonnance de Blois (mai 1579) va prendre des dispositions complémentaires inspirées par le concile de Trente, en matière de législation matrimoniale. L’article 40 impose la proclamation de bans et la présence de quatre témoins qui seront nommés sur le registre des mariages. L’article 181 rappelle l’obligation faite aux curés de porter chaque année, les registres de baptêmes, mariages et décès, au greffe de leur juridiction.
Dès la seconde moitié du XVIe
siècle, le législateur royal considère comme acquise la tenue des
registres paroissiaux et décide de prendre des dispositions
particulières concernant ses sujets protestants.
L’« état civil » des réformés français
L’organisation
des Églises protestantes en France incite le premier synode national de
1559, à prescrire l’enregistrement des mariages et des baptêmes avec le
nom du père, de la mère et des parrains et marraines de l’enfant
baptisé. Après le premier conflit religieux, l’édit de pacification d’Amboise
(mars 1563) accorde aux réformés la liberté de culte et une disposition
particulière est adoptée en décembre (1563) pour l’enregistrement des
baptêmes. Les protestants devront désormais accomplir deux démarches :
faire baptiser leurs enfants par le pasteur le plus proche de leur
domicile et déclarer la naissance au juge de leur ressort qui
l’enregistrera.
C’est la naissance d’un véritable « état civil » pour les protestants français, institué par décision royale. Cependant, il faut attendre un arrêt du Conseil du roi en 1664 pour que les pasteurs soient habilités à tenir les registres de baptêmes et mariages, avec obligation d’en fournir un double exemplaire tous les trois mois, aux greffes des bailliages ou sénéchaussées. La tenue en double des registres est prescrite aux protestants trois ans avant les catholiques par le Code Louis. En fait, cette mesure permet d’identifier les réformés pour mieux les contrôler puisque le roi Louis XIV vise l’anéantissement progressif du culte protestant dans le royaume, ce qui est chose faite en octobre 1685 avec la révocation de l’édit de Nantes. Privés de toute existence légale, les protestants vont continuer d’enregistrer clandestinement baptêmes, mariages et décès selon les prescriptions des autorités synodales. C’est l’édit de Tolérance de 1785 (LOUISXVI) qui promulgue le rétablissement d’un état civil protestant tenu par des juges, ainsi que l’obligation d’établir les registres de baptêmes, mariages et décès en deux exemplaires.
Le Code Louis
L’ordonnance
civile d’avril 1667, dite Code Louis (XIV), complète et précise les
normes d’enregistrement des différents actes : les curés ont obligation
de tenir les registres en double exemplaire, un pour la paroisse et un
second (copie certifiée authentique par le curé) pour le greffe de leur
circonscription juridique. Les actes de baptêmes, mariages et décès
doivent figurer sur le même registre. Outre la signature du curé, l’acte
de baptême reçoit celle du père, des parrains et marraines ; l’acte de
mariage est signé par les nouveaux époux et quatre témoins ; l’acte de
décès est contresigné par deux parents proches ou amis du défunt.
Le Code Louis est complété par la déclaration royale du 9 avril 1736 (Louis XV), qui précise l’obligation d’établir simultanément les deux registres, avec les signatures du curé, des parties concernées et des témoins. Cette déclaration (de 1736) est la première loi française exclusivement consacrée aux registres paroissiaux et d’état civil ; le principe du double enregistrement est toujours en application à l’heure actuelle. En juillet 1746, un arrêt du Conseil du roi prescrit la tenue de registres séparés pour les baptêmes et mariages d’une part et les décès d’autre part.
Les lois édictées par l’Église et le pouvoir royal ne sont pas scrupuleusement appliquées : on note certaines discordances entre les règlements et les registres conservés. Les curés du XVIe
siècle ne se conforment pas toujours à l’obligation de déposer
annuellement les registres au greffe de leur juridiction. Les registres
de baptêmes, série la plus ancienne, sont incomplets : il manque
généralement la date de naissance qui devrait figurer en application de
l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et de la déclaration royale de
1736. On sait cependant que les enfants sont baptisés au plus tard deux
jours après leur naissance. Plus de chance avec les mariages : dans les
registres qui les concernent, figurent souvent ceux de la publication
des bans. Quant aux actes de décès, ils sont restés incomplets très
longtemps : on oublie de mentionner l’âge du défunt et sa filiation !
Les registres paroissiaux contiennent parfois des observations diverses : l’état des récoltes, la température, les maladies, les guerres, les inondations… Ils s’avèrent très riches en informations pour l’histoire sociale, notamment l’étude de l’alphabétisation à partir des signatures des Français capables d’écrire leur nom.
La
législation royale reste en vigueur jusqu’à la loi du 20 septembre
1792, qui laïcise l’état civil des catholiques et des protestants et
chargent les maires de la tenue des registres. Les curés doivent
remettre leurs exemplaires aux maires qui vont les classer dans les
archives de la commune et d’autre part, aux archives du département
(deuxième exemplaire anciennement déposé au greffe du bailliage ou
sénéchaussée).
Les registres paroissiaux parisiens qui formaient une série continue depuis 1515, et les registres d’état civil antérieurs à 1859, ont entièrement disparu lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville et du Palais de justice, sous la Commune de Paris, le 24 mai 1871. Leur reconstitution demeure très partielle, surtout pour l’Ancien Régime.
Saint Louis n’est pas mort de la peste, mais du scorbut !
18 juin 2019,
La statue de Saint Louis devant la collégiale Notre-Dame de Poissy, où le roi de France a été baptisé en 1214. LP/Olivier Boitet
Une carence aiguë en vitamine C a été fatale au roi de France mort en 1270 devant Tunis, selon l’étude d’une équipe de scientifiques français dirigée par le docteur Philippe Charlier, publiée ce mardi.
Il
va falloir réécrire les livres d’histoire du Moyen Âge. Contrairement à
ce qui est souvent dévoilé depuis une éternité ou presque, le roi Louis
IX, devenu Saint-Louis après sa canonisation, n’est pas mort, le 25
août 1270, de la peste mais du scorbut, une carence aiguë en vitamine C.
C’est ce qui ressort d’une passionnante étude scientifique publiée ce
mardi dans la revue internationale « Journal of stomatology, oral and
maxillofacial surgery ».
Ce qui était une hypothèse ces derniers
mois est désormais une certitude aux yeux de l’équipe de scientifiques
français (essentiellement de l’université de Versailles
Saint-Quentin-en-Yvelines) dirigée par le docteur Philippe Charlier. Ce
médecin légiste et paléoanthropologue, maître de conférences et
praticien hospitalier actuellement en détachement au Musée du quai
Branly à Paris, autopsie depuis des années des morts célèbres à l’instar
d’Henri IV ou de Richard Cœur de Lion.
Cette
fois, il a passé au peigne fin la mandibule du souverain disparu à
l’âge de 56 ans. Cet os était conservé à Notre-Dame de Paris dans un
reliquaire. Cette mâchoire inférieure est « non seulement authentique,
mais permet aussi de mieux comprendre les circonstances du décès » du
Capétien en 1270 devant Tunis, alors qu’il tentait une huitième croisade
et qu’il était à l’apogée de son règne.
D’autres restes devraient livrer de précieux indices
Selon
l’université francilienne, « son examen » (médical à l’œil nu, puis au
scanner doublé d’une datation au carbone 14 et d’une confrontation avec
des données historiques) a montré qu’il n’avait pas survécu à « une
complication du scorbut qui a attaqué la gencive puis l’os ». « L’aspect
grignoté de la mandibule est caractéristique de la maladie », décrypte
Philippe Charlier.
« Une surinfection locale et/ou généralisée
(bactérienne, virale ou même parasitaire) a pu survenir sur cet état de
fragilité physiologique relative et finir par tuer le roi mais aussi
d’autres membres de sa suite et de son armée », précise l’établissement
d’enseignement supérieur dans son communiqué. « Le scorbut, on peut en
mourir. Mais on peut aussi avoir le scorbut et mourir d’une dysenterie.
Il fragilise et rend beaucoup plus sensible à des agents infectieux »,
précise Philippe Charlier.
De nouvelles études doivent permettre
de savoir si le monarque, en plus du scorbut, n’était pas atteint d’une
infection fatale. D’autres restes, notamment ces viscères conservés à la
cathédrale Saint-Louis de Versailles, livreront encore de précieux
indices.
Louis IX s’est éteint pieusement de l’autre côté de la Méditerranée sur un lit de cendres après avoir reçu les derniers sacrements. Il a été inhumé le 22 mai 1271 à Saint-Denis. Sa dépouille avait été veillée durant une nuit à la cathédrale Notre-Dame. Huit siècles après avoir rendu l’âme, le souverain n’a pas fini de parler.
Extraits
d’un article écrit par le chanoine Cherrier et publié
dans les « Mémoires de l’Académie des sciences, agriculture, arts et
belles-lettres d’Aix » – 1891
L’écusson de
la Lorraine porte : d’azur à une croix patriarcale à double traverse.
La Lorraine,
après avoir formé, au démembrement du royaume d’Austrasie, le Royaume de
Lorraine (855), puis le Duché de Haute-Lorraine (959), fut réunie totalement à
la France en 1766, après la mort de Stanislas roi de Pologne et dernier duc de
Lorraine. Metz s’était donnée à Henri II en 1552.
La Lorraine,
placée entre la France et l’Allemagne, est un reste de l’ancienne Austrasie,
séjour des Francs et berceau des Carlovingiens. Constituée plus tard en duché
indépendant auquel appartenait la principauté de Bouillon, aujourd’hui à la
Belgique, elle attira, pendant de longs siècles, l’attention du monde, par ses
grands hommes et les hauts faits de ses ducs qui avaient dans les veines le
sang de l’Empire germanique et le sang de la maison de France.
L’emblème national de la Lorraine est une croix à double traverse. Cette croix, de forme grecque, à deux croisillons, fait sa première apparition, comme pièce héraldique, sur les monnaies du roi René, devenu duc de Lorraine, par son mariage avec Isabelle de Lorraine, fille aînée et héritière du duc Charles.
Le roi René la portait noire, comme l’indiquent ses armoiries à
la cathédrale d’Angers. René II, son petit-fils, lui donna la couleur blanche.
« De tous les emblèmes nationaux, dit monsieur Léon Germain, la croix de Lorraine est peut-être le plus populaire dans son pays et le plus connu au dehors. Bien peu de personnes, cependant, savent son histoire ».
Monnaie du Roi Réné
Quelle est l’origine de la croix de Lorraine à double
croisillon ?
Les emblèmes nationaux sont souvent aussi mystérieux
dans leur origine, que les nations dont ils sont le point de ralliement. On les
voit paraître tout à coup, au lendemain d’une victoire ou d’un avènement
dynastique. On les accepte. Et, c’est en vain, que plus tard, on cherche à
arracher à l’antiquité la genèse de leur destin primitif.
La croix à
double traverse importée, en Lorraine par René d’Anjou, n’est autre
que la croix du royaume de Hongrie. Telle est l’opinion en faveur de laquelle monsieur Léon Germain apporte des
documents certains et une argumentation solide.
La croix
double, dit le P. Benoît Picard, fut donnée par le Saint Siège à Saint-Étienne,
roi de Hongrie, pour la faire porter devant lui. Cependant, il est plus
probable, au dire de Monseigneur Barbier de Montauld, qui a étudié la question
avec beaucoup de sagacité dans sa Nouvelle méthode raisonnée du blason, que le
principe de la croix double est une relique de la vraie croix rapportée de Jérusalem par le roi de
Hongrie André II, père de Sainte-Élizabeth.
Croix de Hongrie
Car c’est à partir du règne d’André II, que cette pièce héraldique figure dans les sceaux officiels de Hongrie (1205-1235.) Une première preuve en est donnée par le sceau à double croix d’Agnès d’Autriche (épouse d’André III), reine de Hongrie, qui, devenue veuve en 1301, fonda le monastère de Koenigsfelden, en Suisse.
Comment ce
sceau de la maison royale de Hongrie se trouve-t-il appendu à l’acte original
de donation des terres de Neufchâteau et de Chatenoy par Ferry IV, duc de
Lorraine, à sa femme Isabelle d’Autriche, en 1326, cent ans avant le roi René ?
Cela ne peut
s’expliquer que par la parenté d’Agnès d’Autriche, épouse d’André III, roi de
Hongrie, avec Isabelle d’Autriche, femme de Ferry IV. Une seconde preuve est
dans un vitrail du monastère de Koenigsfelden, où Sainte-Élizabeth de Hongrie
est représentée tenant en mains la croix à double traverse. Ce vitrail est de
la fin du XIVe siècle.
La croix de
Lorraine, dit Chifflet, dans son Commentarius Lotharigiensis, édité en 1649,
est la croix royale de Hongrie. Les premiers rois de Pannonie, dont les ducs
d’Anjou se disent les descendants, portaient la croix double, d’une teinte
rouge pourpre.
René d’Anjou
lui donna la couleur noire.Les ducs de
Lorraine issus de Yolande, fille de René, conservèrent la croix de Hongrie,
qu’ils appelèrent croix de Lorraine, en lui donnant une teinte dorée.
C’est donc
en arrivant d’Orient, que la croix à double traverse devint la croix royale de
Hongrie. Mais comment de Hongrie cette croix à double traverse, vint-elle en
Lorraine ?
En 1270, par
le mariage de Charles II d’Anjou, roi de Sicile, de Naples et de Jérusalem,
avec Marie, soeur du roi de Hongrie Ladislas IV, la maison d’Anjou acquit des
droits sur la Hongrie. Ces droits, ainsi que beaucoup d’autres, furent
vainement affirmés. Comme signe de protestation, la maison d’Anjou garda la
croix de Hongrie dans ses armoiries.
La reine
Jeanne II, dernière héritière de la maison d’Anjou, se qualifiait « reine de
Hongrie, de Jérusalem et de Sicile ». Or, c’est elle qui adopta René de
France-Anjou, si connu sous le nom de roi René, devenu duc de Lorraine en 1431.
A cause des
prétentions de la maison d’Anjou à la couronne de Hongrie, le roi René a adopté
la croix à double traverse et l’a portée au premier quartier de ses armes
pleines. Sans conserver les mêmes prétentions, les successeurs de René, comtes
du Maine, ducs de Lorraine, et leur descendance ont continué de porter en
blason la croix à double traverse.
D’ailleurs,
les monnaies que René fit frapper comme souverain réel de la Lorraine offrent
des types variés de la croix à double traverse. L’une de ces monnaies porte en
légende intérieure : Moneta et Vanei avec la croix double. Une autre
porte en légende : Crucem tuam adoramus Domine avec croix de Lorraine
accostée de deux R : Renatus Rex.
De plus, les
monnaies que le roi René fit frapper à Tarascon ressemblent à celles de
Lorraine, quant aux initiales et à la croix double. Sur toutes ces monnaies à
croix de Lorraine frappées par le roi René, les détails les plus précieux sont
donnés dans les études de monsieur de Saulcy, publiées à Metz en 1845, et dans
celles de monsieur Laugier, conservateur du cabinet des médailles de Marseille,
publiées dans les « Mémoires de l’Académie » en 1882.
Ainsi,
apportée de Jérusalem par le roi de Hongrie André II, qui l’a fixée, comme
pièce héraldique, aux armes royales, la croix à double traverse a passé à
l’écusson de René d’Anjou prétendant au trône de Hongrie, et, de là, à
l’écusson des ducs de Lorraine descendants de René.
Nous pouvons
donc dire avec Didron : « L’origine de la Croix de Lorraine est orientale, la
Croix de Jérusalem en est le type ». Quant à l’opinion qui prétend que le roi
René a adopté la Croix double, en souvenir de Godfroid de Bouillon, ou par
dévotion personnelle pour une relique de la vraie Croix qu’il aurait vénérée à
Marseille et à Angers, nous pouvons, avec M. Léon Germain, lui opposer cette
réflexion décisive.
Si le roi
René avait adopté la croix potencée de Godfroid de Bouillon, il l’aurait
conservée seule. Or, la croix de Godfroid de Bouillon se trouve, sur plusieurs
monnaies, concurremment avec la Croix de Lorraine.
D’autre
part, si René avait adopté la croix double, par vénération pour une relique
insigne, il lui aurait donné une place toujours privilégiée et une forme
toujours invariable et respectée. Or, la croix double, aux armoiries de René
d’Anjou, varie dans sa forme, selon le temps et le gré des artistes. Elle n’a
une place spéciale et un rôle éminent que sur les monnaies.
Toutefois,
il est certain que si la croix double, gravée sur les monnaies et aux écussons
de famille, considérée comme pièce héraldique, a persisté, plus ou moins
longtemps, dans les pays divers où René d’Anjou a exercé son autorité, il faut
dire que c’est en Lorraine seulement qu’elle devint le symbole officiel du
duché.
Voici à
quelle occasion :
En 1477, le
duc René II, petit-fils, par sa mère, du roi René, livre bataille, sous les murs
de Nancy, à Charles le-Téméraire, duc de Bourgogne, le plus puissant des
princes qui n’étaient pas rois. Charles fut tué en désertant le combat. Or, à
cette bataille de Nancy, qui est l’événement capital de l’histoire de Lorraine,
parce qu’elle a consacré le règne de la vieille dynastie d’Anjou et l’union
définitive des duchés de Bar, de Lorraine et du comté de Vaudemont, le point de
ralliement était la croix de Lorraine, de couleur blanche.
Depuis cette
époque, la croix double, qui n’était qu’un emblème de famille, devint, par René
II, le symbole par excellence de l’État lorrain.
Et
l’histoire dit assez haut comment cet emblème fut porté par les ducs, désormais
moins germaniques que français.
Trois
générations des Guise, la branche cadette des ducs, ont présenté la croix de
Lorraine à l’admiration de la France.
L’un d’eux,
le célèbre inspirateur de cet élan national, qui mit la foi religieuse
au-dessus de la fidélité aux souverains, Henri de Guise a porté la croix si
près du trône, que la peur le fit poignarder, dans un guet-apens, au château de
Blois.
Les ducs
régnants :
– Charles
III qui construisit la ville neuve de Nancy, achevée et embellie par Stanislas
de Pologne.
– Charles IV, frappé par Richelieu qui exigeait l’alliance des Lorrains contre
l’empire d’Allemagne.
– Nicolas François qui, sur le conseil du bienheureux Fourier, curé de
Mattaincourt, abandonna la pourpre cardinalice, pour épouser sa cousine la
princesse Claude, et garda à la Lorraine, malgré Richelieu, sa dynastie, sa
gloire et sa nationalité.
– Charles V,
le compagnon de Sobieski, à la bataille de Vienne, contre les Musulmans.
Enfin,
Léopold le dernier duc, frère de François Ier, empereur d’Allemagne, l’un des
princes du XVIIIe siècle qui ont excité le plus d’enthousiasme et d’admiration,
ont prouvé que la croix de René d’Anjou, plantée dans la terre lorraine,
l’avait rendue admirablement féconde en princes pieux, bienveillants dans la
paix et merveilleux dans la guerre.
Cependant,
vient un jour où la Croix de René d’Anjou doit s’incliner et s’effacer, comme emblème
national, devant le drapeau de Louis XIV.
En 1670, le
vieux duché fait son entrée définitive dans la famille française, à laquelle il
appartient déjà, par le coeur et les services rendus. Menacée des mains
tortueuses de l’empire d’Allemagne, la Lorraine montre comment un peuple, formé
à l’ombre de la Croix, sait déposer avec honneur, un sceptre affaibli, pour
accepter d’un sceptre plus fort, l’assurance que la foi, les traditions et la
liberté seront respectées.
Un siècle
plus tôt, en 1552, Metz, la soeur aînée de Nancy, s’est donnée librement au roi
de France Henri II. « J’ai grand plaisir, disait ce prince, de voir en quelle
bonne volonté les députés lorrains, venus à Joinville, persévèrent en mon
endroit ». Le connétable de Montmorency vint immédiatement occuper la ville
commerçante et guerrière.
A coup sûr,
entre la croix double et la fleur de lys, l’alliance doit être sincère et
irrévocable. En France, la Lorraine retrouve sa religion, ses souvenirs, ses
espérances.
Pourquoi son
coeur ne battrait-il pas à l’unisson de la grande nation pleine de bonne gloire
et de juste fierté ? Mais si, après deux siècles d’éclat incomparable, la croix
double redevient pour la Lorraine un écusson de famille, c’est un écusson
qu’elle garde comme une relique précieuse, car il rappelle des ancêtres de
haute lignée et de vaillante allure dont il faut se faire gloire de garder les
principes et de perpétuer les exemples.
Dès lors, la
belle province qui s’est appelée Basse-Lorraine, Lorraine-Mosellane, Pays
Messin, entre dans la structure de la France. Elle entrelace son histoire à la
sienne. Elle complète son unité géographique.
Elle
sauvegarde ses frontières, en mettant pour boucle à sa ceinture une imprenable
forteresse :
– Metz tranquillement assise au confluent de la Seille et de la Moselle,
visible de loin par les flèches élancées de sa cathédrale, dominée par des
collines à pentes douces, que couronnent des forts d’un aspect sombre et
menaçant.
– Nancy, coquettement rajeunie par la grandeur et la régularité de ses rues,
riche de son palais ducal, de sa chapelle ronde, de son église de Bon-Secours
fondée par René II, en mémoire de la victoire remportée sur
Charles-le-Téméraire et ornée des étendards enlevés par les ducs.
– Metz et Nancy, enveloppées dans les plis du drapeau français, ne cessent
point d’apparaître, comme les deux joyaux fixés par la main du temps, aux deux
traverses de la croix des aïeux.
A Metz et à
Nancy, malgré les délires de révolution et les bouleversements politiques, les
armoiries d’Anjou restent populaires. Les braves gens de la campagne et du
commerce, trouvent dans la Croix ducale le passé qu’ils aiment et le progrès
qu’ils désirent. Il y a encore des industries, des hôtelleries importantes, de
grandes maisons de négoce qui portent en fronton : « A la Croix de
Lorraine ».
Changeons
les gouvernements, nous ne changeons pas les enseignes. C’est d’ailleurs le
propre de la tradition de s’étendre en silence, et d’empêcher le bruit des
craquements politiques de troubler les masses laborieuses, comme la neige
tombée la nuit empêche le bruit des charriots.
Sans doute,
en Lorraine, comme partout, il y a des esprits qui voudraient gratter l’antique
écusson, pour se poser en dehors des principes de la société et protester contre
ses croyances et son avenir. Entre ceux-là et les fidèles de la croix à une ou
deux traverses, c’est le temps qui décidera.
Cependant,
par-delà tant de querelles et tant de résultats contraires aux impatiences et
aux calculs, l’idée qui émerge chez les Lorrains avisés, c’est l’idée de la
croix unie au drapeau, comme au temps des Guise et de René d’Anjou. Cette
idée semble disparaître et s’obscurcir, à certains moments.
Mais, aux
jours de malheur, elle reparaît à la surface, comme ces plantes enracinées au
fond d’une rivière, nourries de ses eaux et de ses limons, qui baissent un
moment la tête sous la force du courant, puis ramènent bien vite au-dessus de
la vague leur tige et leur couronne.
Salve, Crux
pretiosa ! C’est
toujours l’espérance vulgarisée par les monnaies du roi René. II n’y a que
celle-là, dont les ailes soient plus longues que le temps, et plus fortes que
l’adversité.
La FRANCE Libre l’adopta pour emblème
sur la proposition du vice-amiral Emile Muselier faite à de Gaulle, le 1er
juillet 1940 en présence du capitaine de corvette Thierry d’Argenlieu « en
opposition à la « croix gammée », pour les forces françaises, un
pavillon de beaupré (carré bleu avec au centre la croix de Lorraine en rouge et
pour les avions, une cocarde à croix de
Lorraine.
La raison de ce choix est a priori que l’amiral Muselier était d’origine
lorraine et les armes du 507° régiment de chars de combat que commandait le
colonel de Gaulle en 1937-1939 comportaient une croix de Lorraine.
Le pavillon fut modifié après deux ou trois mois: il était trop sombre. Dans
le modèle définitif, il est bleu côté guindant, rouge côté battant. Au centre,
le blanc forme un losange comportant une croix de Lorraine rouge non tréflée.
Ce pavillon de beaupré est arboré actuellement par les bâtiments de la Marine
nationale
L’emblème a été adopté ensuite par tous les Français libres et figurera sur
de nombreux insignes (insigne émaillé porté par de Gaulle), notamment sur la
croix de l’ordre de la Libération, sur la médaille de la Résistance, sur la
médaille commémorative des services volontaires dans la France libre. La croix
de Lorraine est également présente sur des monuments et sur les timbres créés
sous les gouvernements du général de Gaulle.
La croix de Lorraine, emblème de De Gaulle et des
mouvements gaullistes
En 1972,
la croix de Lorraine a été choisie comme motif du mémorial Charles de Gaulle à Colombey les Deux Églises (Haute-Marne,
Champagne-Ardenne). croix en béton armé
précontraint de 44,30 mètres de haut pour un poids total sans fondations
de 950 tonnes, revêtue d’un parement en granit rose de Perros-Guirec
et habillée de surfaces en bronze de 10 mm d’épaisseur et
d’1,68 mètre de longueur.
La
Crois pattée à double traverse fut également le symbole de différentes
fonctions ou organisations Chrétiennes : le Patriarcat de Jérusalem, l’Ordre
des chanoines Hospitaliers du Saint Sépulcre, l’Ordre des Templiers et l’Ordre
des Hospitaliers du Saint Esprit.
Différence historique entre la croix de Lorraine et
la croix patriarcale
Selon certains auteurs, historiquement, la véritable croix de Lorraine serait une croix dont les deux barres transversales sont de même longueur. Elle est appelée double croix ou croix de Lorraine. La croix patriarcale est une croix avec la barre transversale la plus élevée plus courte que l’autre. De nos jours on appelle couramment toute croix à deux traverses croix de Lorraine.
La croix de Lorraine ne doit également pas être confondue avec la croix
orthodoxe utilisée notamment par les chrétiens d’Europe de l’Est.
Version de la Croix de Lorraine à barres
transversales égales
Croix patriarcale, de nos jours principalement
connue comme Croix de Lorraine
La Croix de Hongrie, emblème de certains Ordres
Militaires Chrétiens.
La Crois pattée à double traverse fut également le symbole de différentes fonctions ou organisations Chrétiennes : le Patriarcat de Jérusalem, l’Ordre des chanoines Hospitaliers du Saint Sépulcre, l’Ordre des Templiers et l’Ordre des Hospitaliers du Saint Esprit.
Ce paragraphe aborde la signification hermétique de la Croix de Hongrie au sein de ces différentes entités.
Patriarcat de Jérusalem.
Le titre de
Patriarche de Jérusalem est traditionnellement porté par l’évêque de Jérusalem.
Ce diocèse est l’un des plus anciens et des plus prestigieux de la Chrétienté,
lié au fait de sa situation historique particulière en Terre Sainte et bien sûr
au fait que c’est à Jérusalem que la Passion, la Résurrection et l’Ascension de
Notre Seigneur Jésus-Christ eurent lieu.
Après la prise de Jérusalem par les croisés en Juillet.1099, une structure
religieuse, le patriarcat latin, est créée à Jérusalem en complément d’une
structure temporelle, qui sera le royaume de Jérusalem.
Les patriarches de Jérusalem ont eu depuis leur origine, la croix à double
traverse pour emblème, et ce, selon certains auteurs bien avant la découverte
de la Sainte Croix du Christ et le façonnage des premiers reliquaires
arborant la forme crucifère.
Les patriarches de la Cité Sainte se faisaient précéder d’une double croix
fichée au sommet d’une hampe lors de leurs déplacements publics pendant que ce
même emblème ornait souvent leurs pierres tombales. A l’origine, la Croix à
double traverse était l’emblème exclusif de la Croix de Jérusalem (Croix à ne
pas confondre avec la Croix du Royaume de Jérusalem qui se blasonne : « D’argent
à la Croix potencée dor, cantonée de quatre croisettes de même ».
Avec la naissance du royaume Franc, l’exclusivité de la Croix à double traverse
échappe aux Patriarches, et déjà les chanoines hospitaliers du Saint-Sépulcre
arborent alors également une double Croix.
Ordre du Saint-Sépulcre de
Jérusalem.
« Ordre du Saint Sépulcre
Que les amateurs d’insignes prêtent ici attention : celui des chanoines était la croix patriarcale rouge, donc à douzes pointes (semblable à celle que nous appelons « Croix de Lorraine », à une différence près toutefois : celle des chanoines était pattée). » écrit Yvon Roy dans « Le Testament des Templiers à Chinon » (1974).
Le témoignage d’Ernoul, repris par Curzon, puis par Marion Melville (la Vie des Templiers -1951) est plus diffus : « L’enseigne de l’habit dou Sepulchre est une croix vermeille à deux bras (telle la porte li Ospitaus) et cil del Temple la portent toute single vermielle. » Il se dégage néanmoins de tout ceci une certitude : l’emblème des chanoines hospitaliers du Saint-Sépulcre était une croix à double traverse à l’image de celle des patriarches.
L’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est un ordre religieux créé par Godefroy de Bouillon après la prise de Jérusalem en 1099. Constitué de chanoines, cet ordre a pour fonction la protection du Saint-Sépulcre mais aussi la vie liturgique du sanctuaire. Avec l’extension des conquêtes en Terre sainte, l’ordre se développe en étendant sa mission de protection des lieux saints sur l’ensemble du Royaume franc de Jérusalem.
Avec la perte des États latins d’Orient, l’ordre se replie sur l’Europe. C’est en 1489 que Innocent VIII décide la suppression de l’ordre canonial et son incorporation à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Les chanoines portaient une croix cousue sur leur habit, c’est la croix patriarcale latine à double traverse écarlate.
Croix patriarcale sur l’habit d’un Chanoine du Saint-Sépulcre.
Certains historiens-antiquaires du XIXe siècle à la suite des historiographes
de l’ordre du Saint-Sépulcre voulaient bien attribuer à l’ordre une origine
quasi-mythique alors que la relecture des sources en fait un ordre créé en
Terre sainte par Godefroy de Bouillon au mieux en 1099.
De retour de Terre sainte après la perte des États latins d’Orient, les
premiers historiens de l’ordre du Saint Sépulcre lui trouvent trois glorieux
personnages comme fondateurs : l’apôtre Jacques, l’impératrice Hélène et
l’empereur Charlemagne ; tout trois liés d’une façon ou d’une autre au
Saint-Sépulcre.
Jacques le Majeur, que les Évangiles appellent le « frère du Seigneur »,
devient, après la mort de Jésus, le responsable de la communauté chrétienne de
Jérusalem, dont il est considéré comme le premier évêque. Les chanoinesses du
Saint-Sépulcre le tiennent pour leur fondateur et lui attribuent la désignation
d’une garde du tombeau de Jésus.
L’impératrice Hélène, mère de Constantin, séjourne à Jérusalem en 326 avant de
se retirer en Bithynie. La tradition Catholique en fait la volonté
constructrice de la église du Saint-Sépulcre en faisant abattre un temple à
Vénus que l’empereur Hadrien avait fait construire sur le site. C’est à cette
occasion qu’Hélène fait une découverte importante pour la religion chrétienne
avec l’invention de la Vraie Croix. Elle est donc tout naturellement désigner
comme fondatrice de l’ordre par les chevaliers au XVIe siècle. Elle est
d’ailleurs fréquemment représentée en costume de chanoinesse du Saint-Sépulcre.
Charlemagne envoie deux ambassades auprès du calife de Bagdad, en demandant un
protectorat franc sur la Terre sainte. La geste du roi, une chanson de geste,
raconte ses aventures légendaires en Méditerranée et son pèlerinage à
Jérusalem. Il était tout aussi naturel d’en faire un fondateur de l’ordre.
Ordre du Temple.
Ordre du Temple
La question de
l’origine de la Croix portée par les chevaliers de l’Ordre du Temple a maintes
fois suscité l’intérêt des chercheurs les plus sagaces. A ce problème vient se
greffer l’interrogation, pour le moins tout aussi importante, relative à la
forme exacte de celle-ci.
Le Dictionnaire de Furetière (publié en 1690), décrit la Croix à double travers
et ajoute : « Ainsi la portent les religieux de l’Ordre du Saint-Esprit
et autrefois les templiers. »
A l’origine, qu’elle leur vienne du Patriarche de Jérusalem ou du prieur du
Saint-Sépulcre, l’ensemble des premiers chevaliers du Temple arborèrent la
croix à double traverse… et ainsi en fut-il jusqu’en 1128, et sans doute encore
durant quelques années, peut-être jusqu’en 1146/1148. Mais à une date imprécise,
et pour un motif inconnu, cet état de fait cesse brutalement, et la Croix
patriarcale devint l’apanage des seuls Grands Maîtres et grands dignitaires : »
… le Grand Maître et les grands dignitaires se distinguaient des chevaliers
et des Templiers en général, par une croix à deux croisillons, alézée de
gueules à la place de la croix pattée bien connue. » écrit J.-H. Probst
Biraben.
Et John Charpentier de reprendre à la suite : « Mais la croix rouge
(…) était commune à tous les membres de la milice, à l’exception, toutefois,
des grands dignitaires qui arboraient la croix à deux croisillons inégaux, le
plus court en haut. » Notons toutefois qu’aucun de ces deux auteurs ne
se prononce quant au port de la croix à double traverse par l’ensemble des
premiers chevaliers.
Vénération de la Croix Patriarcale Pattée.
En 1146 vraisemblablement, Eugène III accorde le port de cette croix rouge,
citée par Charpentier, sur les instances de saint Bernard lui-même, et qui sera
arborée par l’ensemble de la masse des chevaliers. Enfin, mystérieusement, la
Croix à double traverse, à une époque indéterminée, disparait des attributs
officiels de l’Ordre… sans la moindre explication.
Quel motif peut être avancé pour justifier cet abandon volontaire de la part
des Templiers qui allèrent jusqu’à effacer soigneusement toute trace de
celle-ci sur les sceaux, parchemins ou pièces de costume par exemple ?
Pour les Templiers, le symbole profond de la Croix Patriarcale de Jérusalem ne
s’apparentait sans aucun doute nullement à celui que lui prêtait le
christianisme officiel : l’Inquisition observa-t-elle de trop près cet emblème
réservé aux seuls dignitaires de l’Ordre sans cesse surveillé ? Les Templiers
s’aperçurent-ils que l’heure n’était pas venue de brandir un symbole aussi
puissant à la face de tous ? Estimèrent-ils finalement que sa destinée était
d’apparaître, puis de disparaître, à des moments donnés de l’Histoire ?
Cette croix à deux branches, que l’on connaît aussi sous le nom de croix
patriarcale ou d’Anjou, a été adoptée de bonne heure par les Templiers qui la
considéraient, à juste titre, comme un symbole très complet. », est-il
écrit dans l’Hermétisme dans l’art du Blason de F. Cadet de Gassicourt et du
baron du Roure de Paulin.
Il semble inutile de chercher davantage la raison de cette occultation soudaine
de la Croix Patriarcale par les Templiers… Mais elle ne peut être que liée à
l’essence même de ce symbole que nos deux auteurs qualifient de « très
complet ».
Par ignorance de la réelle signification de ce symbole, sans doute, comme nous
le verrons, d’autres ordres chevaleresques continuèrent à faire étalage de la
Croix Patriarcale.
Ordre Hospitaliers du Saint Esprit
La Croix pattée à la double traverse fut également le symbole d’un autre Ordre Chrétien : Celui des Hospitaliers du Saint Esprit.
L’ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit (Ordo Sancti Spiritus) connu aussi sous le nom de Frères hospitaliers (ou ordre du Saint Esprit de Montpellier) a été fondé à Montpellier vers 1180 par Guy de Montpellier dans le but d’accueillir les enfants abandonnés, les pauvres et les malades. L’ordre a été reconnu officiellement par le pape Innocent III le 23 avril 1198.
L’ordre était, à l’origine, une confrérie destinée au service d’un hôpital, mais, en 1198, à la veille de la croisade contre les Albigeois, le pape Innocent III la transforma en un ordre hospitalier, religieux et militaire.
La marque de l’Ordre est une double croix blanche échancrée et patriarcale. Cette croix des Hospitaliers du Saint-Esprit aurait été « montrée en révélation par un ange » au pape Innocent III.
« Les ordres militaires ou hospitaliers avaient tous pris comme signe distinctif, à l’exemple des croisés, une croix de forme et de couleur variées, cousue sur les habits. Guy de Montpellier adopta pour son ordre une croix blanche à double croisillon, dont les extrémités étaient élargies en forme de croix pattée à branches évasées. » Cette croix blanche à double traverse était portée par tous les religieux sur le côté gauche de leur manteau noir et de leur robe blême (bleu très pâle).
Au moment où il prononçait ses vœux, le nouveau profès recevait le manteau noir des mains du recteur, qui lui disait, en lui montrant la croix : « Que par ce signe s’éloigne de vous tout mal, et que le Christ vous conduise au royaume éternel. ».
Croix de l’Ordre des Hospitaliers du Saint Esprit au XIIème siècle.
La règle de l’ordre précise aussi que les frères portent le signe
de la croix sur leurs capes et leurs manteaux, afin que par ce signe Dieu nous
garde dans nos actions, nous maintienne dans l’obéissance et défende nos âmes
et nos corps contre la puissance du démon, dans cette vie et dans l’autre..
En 1596, Melchior de la Vallée interprète cette double croix à douze pointes
[…] n’était point un simple motif de décoration ; c’était un emblème d’un
symbolisme assez compliqué. Les trois bâtons réunis en une seule croix
figuraient, pour les uns, le mystère de la Sainte Trinité, tandis que les douze
pointes rappelaient le nombre des Apôtres. Certains y voyaient l’association de
la croix du Sauveur et de celle, que tout chrétien doit porter dans son âme.
Pour d’autres enfin, c’était une allusion au double fardeau que s’imposaient
les membres de l’ordre, en travaillant à la fois à leur propre salut et à celui
de leurs semblables.
« L’Abbé de SAINT PIERRE : La paix perpétuelle et ses projets réformateurs, entre le siècle de Louis XIV et le siècle de Louis XV. »
Grand-Prix de l’Académie française pour les biographies historiques
Par
Le Professeur Jean-Pierre BOIS
Historien français, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de l’Enseignement technique, agrégé d’histoire et docteur ès lettres, professeur honoraire à l’université de Nantes. Spécialiste de la guerre et de la paix, de la société militaire et des relations internationales
Monsieur Bois nous garantit d’avance que l’après-midi ne sera pas ennuyeuse
Salle de conférence de Saint Bonaventure Au 1° étage de l’Eglise à gauche en entrant par la porte de gauche 7 Place des Cordeliers 69002 Lyon .
La conférence sera suivie de la dédicace de ses ouvrages et du verre de l’amitié.