CAUSE DU DÉCÈS DE SAINT LOUIS

Saint Louis n’est pas mort de la peste, mais du scorbut !

18 juin 2019,

La statue de Saint Louis devant la collégiale Notre-Dame de Poissy, où le roi de France a été baptisé en 1214. LP/Olivier Boitet

Une carence aiguë en vitamine C a été fatale au roi de France mort en 1270 devant Tunis, selon l’étude d’une équipe de scientifiques français dirigée par le docteur Philippe Charlier, publiée ce mardi.

Il va falloir réécrire les livres d’histoire du Moyen Âge. Contrairement à ce qui est souvent dévoilé depuis une éternité ou presque, le roi Louis IX, devenu Saint-Louis après sa canonisation, n’est pas mort, le 25 août 1270, de la peste mais du scorbut, une carence aiguë en vitamine C. C’est ce qui ressort d’une passionnante étude scientifique publiée ce mardi dans la revue internationale « Journal of stomatology, oral and maxillofacial surgery ».

Ce qui était une hypothèse ces derniers mois est désormais une certitude aux yeux de l’équipe de scientifiques français (essentiellement de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) dirigée par le docteur Philippe Charlier. Ce médecin légiste et paléoanthropologue, maître de conférences et praticien hospitalier actuellement en détachement au Musée du quai Branly à Paris, autopsie depuis des années des morts célèbres à l’instar d’Henri IV ou de Richard Cœur de Lion.

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Cette fois, il a passé au peigne fin la mandibule du souverain disparu à l’âge de 56 ans. Cet os était conservé à Notre-Dame de Paris dans un reliquaire. Cette mâchoire inférieure est « non seulement authentique, mais permet aussi de mieux comprendre les circonstances du décès » du Capétien en 1270 devant Tunis, alors qu’il tentait une huitième croisade et qu’il était à l’apogée de son règne.

D’autres restes devraient livrer de précieux indices

Selon l’université francilienne, « son examen » (médical à l’œil nu, puis au scanner doublé d’une datation au carbone 14 et d’une confrontation avec des données historiques) a montré qu’il n’avait pas survécu à « une complication du scorbut qui a attaqué la gencive puis l’os ». « L’aspect grignoté de la mandibule est caractéristique de la maladie », décrypte Philippe Charlier.

« Une surinfection locale et/ou généralisée (bactérienne, virale ou même parasitaire) a pu survenir sur cet état de fragilité physiologique relative et finir par tuer le roi mais aussi d’autres membres de sa suite et de son armée », précise l’établissement d’enseignement supérieur dans son communiqué. « Le scorbut, on peut en mourir. Mais on peut aussi avoir le scorbut et mourir d’une dysenterie. Il fragilise et rend beaucoup plus sensible à des agents infectieux », précise Philippe Charlier.

De nouvelles études doivent permettre de savoir si le monarque, en plus du scorbut, n’était pas atteint d’une infection fatale. D’autres restes, notamment ces viscères conservés à la cathédrale Saint-Louis de Versailles, livreront encore de précieux indices.

Louis IX s’est éteint pieusement de l’autre côté de la Méditerranée sur un lit de cendres après avoir reçu les derniers sacrements. Il a été inhumé le 22 mai 1271 à Saint-Denis. Sa dépouille avait été veillée durant une nuit à la cathédrale Notre-Dame. Huit siècles après avoir rendu l’âme, le souverain n’a pas fini de parler.

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