Le Chateau de Versailles se remeuble

Une Monégasque lègue 20 millions d’euros au Château de Versailles

Actualités Publié le 27 juillet 2019 par Mathieu Menossi www.monaco-tribune.com

La Monégasque Jeanne Heymann, récemment décédée, a légué 20 millions d’euros de sa fortune au Château de Versailles. Elle devient ainsi l’un des plus importants mécènes de cette institution qui fait rayonner la France à travers le monde.

Au Château de Versailles, on n’en revient toujours pas. Un legs providentiel et exceptionnel, de la part d’une mécène totalement inconnue des équipes du lieu. Vingt millions d’euros, une somme colossale, en provenance d’une résidente monégasque, Jeanne Heymann, mise à disposition des conservateurs du lieu. Avec toutefois une condition sine qua non : le remeublement du château de mobiliers et objets datant d’avant 1789, de pièces dispersées au moment du commencement de la Révolution, ce qui n’est pas une mince affaire.

Du mobilier déjà de retour

Les conservateurs se sont mis rapidement en action avec un tel legs et les premiers retours de meubles des trois monarques ayant vécu au Château de Versailles (Louis XIV, Louis XV et Louis XVI) commencent à retrouver leur maison-mère. Ce fut le cas récemment d’une commode royale commandée sous Louis XV et conçue par l’ébéniste Bernard II van Riesen Burgh. Elle fut livrée à l’Infante Marie-Thérèse Raphaëlle d’Espagne le 23 janvier 1745 et a vécu dernièrement pendant quarante années aux Etats-Unis, après avoir été mis aux enchères en 1988. Autre meuble acheté grâce à ce legs, une bergère réalisée pour Marie-Antoinette elle-même, commandée le 4 août 1779 pour son grand cabinet intérieur et réalisée par Jacques Gondoin et François II Foliot. Le legs a également permis le retour de deux vases offerts à Madame Elisabeth par Louis XVI. Bien d’autres meubles et objets sont actuellement en train d’être chinés…

Histoire de la commode royale rachetée 4 millions d’euros

Avant de se décider, le château, qui a pu s’offrir ce meuble exceptionnel grâce à un legs, l’a fait expertiser et analyser de façon poussée pour s’assurer de son authenticité.

Elle a retrouvé sa place au château de Versailles, près de Paris, après 230 ans d’éloignement : une spectaculaire commode du XVIIIe siècle a été rachetée par le musée français à un collectionneur américain pour un peu plus de 4 millions d’euros.

Depuis vendredi, la grande commode en laque noire du Japon, oeuvre d’un célèbre ébéniste, Bernard II Van Riesen Burgh dit BVRB, trône à nouveau dans la chambre de la Dauphine.

 Comme « avant la Révolution »

« Elle est d’une qualité incroyable », a déclaré Laurent Salomé, directeur du musée national du château de Versailles.

« C’est très émouvant car on a l’impression de voir resurgir le château tel qu’il était avant la Révolution. » 

 Laurent Salomé scrute la commode. Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Laurent Salomé scrute la commode. Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Une histoire mouvementée

La commode de style rocaille (ou rococo) avait été livrée en 1745 pour la chambre de la Dauphine Marie-Thérèse Raphaëlle d’Espagne, l’épouse du Dauphin de France, fils de Louis XV.

Après le décès de la jeune femme un an plus tard, le meuble était resté dans sa chambre, devenue par la suite celle de la nouvelle Dauphine Marie-Josèphe de Saxe.

La commode avait ensuite disparu dans le tumulte de la Révolution de 1789. À la fin du XIXe siècle, elle réapparaît sur le marché de l’art mais sa provenance royale a été oubliée.

En 1973, la maison d’enchères Tajan la vend pour 1 million de francs. Puis en 1981, la commode part aux Etats-Unis chez un marchand new-yorkais. 

 Numéro 1343

Elle resurgit aux enchères en 1998, lors de la dispersion à New York de la collection de ce marchand. En préparant la vente, un expert de la maison Christie’s repère le numéro « 1343 », inscrit à l’encre au dos du meuble.

Il s’aperçoit qu’il correspond au numéro d’inventaire de la commode de la chambre de la Dauphine mentionné dans le journal du Garde-meuble de la Couronne. Le lien avec la royauté est rétabli.

Le château de Versailles songe à se porter acquéreur mais renonce devant l’envol des estimations avancées.

En fin de compte, la commode ne part pas aux enchères. Mais Christie’s la vend peu après à un grand collectionneur américain qui la conserve pendant vingt ans.

C’est lui qui vient de la vendre à Versailles par l’intermédiaire de Christie’s.

Pendant plusieurs mois, la commode a été analysée : il fallait s'assurer qu'elle était authentique. Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Pendant plusieurs mois, la commode a été analysée : il fallait s’assurer qu’elle était authentique. Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP

« Petit à petit, on remeuble Versailles »

« Petit à petit on remeuble Versailles. C’est très difficile car tous les meubles ont été dispersés à la Révolution. Certains resurgissent mais ils coûtent très cher », souligne Laurent Salomé.

C’est grâce à un leg très important de Jeanne Heymann, une résidente monégasque, qui a souhaité spécifiquement contribuer au retour à Versailles d’objets d’art d’origine, que le château a pu financer cet achat.

La proie de trafiquants de faux-meubles

Désormais, pour ses acquisitions, Versailles « redouble de prudence », assure Laurent Salomé.

L’établissement public a été victime d’un trafic de faux meubles XVIIIè qui a éclaté en 2016. Il a acheté entre 2008 et 2012 auprès d’antiquaires parisiens principalement huit meubles (chaises, bergère, sièges ployants) qui se sont avérés être des faux. L’instruction est en cours.

« Échaudé », le château a fait analyser la commode rocaille « sous toutes ses coutures » pendant plusieurs mois, souligne Laurent Salomé.

Le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) a étudié son bois, ses bronzes, ses panneaux de laques.

Conclusion : « La commode paraît homogène et cohérente, les bois ont été abattus à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècles, les bronzes sont du XVIIIè », indique Mireille Klein, responsable de la filière arts décoratifs au C2RMF.

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